À Manille ou Lima? Fille ou garçon? Plusieurs pays ont revendiqué lundi la naissance symbolique du sept milliardième habitant de la planète, occasion pour le chef de l'ONU Ban Ki-moon de déplorer «un monde de terribles contradictions».

Pierre-Antoine Donnet AGENCE FRANCE-PRESSE

Le palier des 6 milliards avait été atteint en 1999. Les Nations unies avaient alors choisi Adnan Nevic, un bébé né à Sarajevo, comme représentant du six milliardième humain.

Cette fois, l'ONU s'est gardée de désigner un «gagnant» à l'avance et plusieurs pays annonçaient la naissance d'un heureux élu chez eux...

À ce jeu, les Philippines ont été les plus rapides.

Danica May Camacho, née dimanche deux minutes avant minuit dans l'un des pays les plus pauvres du monde, est une ravissante petite fille de 2,5 kilos.

«Elle est si belle. Je n'arrive pas à croire qu'elle soit le sept milliardième habitant de la planète», s'est émue sa mère, Camille Dalura, félicitée par des fonctionnaires de l'ONU.

Mais à New York, au siège des Nations unies, le secrétaire général Ban Ki-moon a souligné que le sept milliardième habitant de la planète, qu'il soit de Manille ou d'ailleurs, était né dans un monde tourmenté.

«Regardez autour de vous, a-t-il dit. Parcourez les gros titres. La famine dans la Corne de l'Afrique, les combats en Syrie et ailleurs, des manifestations contre l'inégalité économique croissante, de Wall Street jusqu'aux quatre coins du monde».

«Notre monde est parcouru de terribles contradictions. De la nourriture en abondance, mais un milliard de personnes qui ont faim. Des modes de vie d'opulence pour un petit nombre, mais la pauvreté pour beaucoup d'autres», a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse à New York.

«Des milliards dépensés pour des armes afin de tuer des gens plutôt que de les protéger. Dans quel monde est né le 7 milliardième homme? Quel genre de planète voulons-nous pour nos enfants à l'avenir?», s'est interrogé le secrétaire général, ajoutant qu'il partait pour la réunion du G20 jeudi à Cannes avec «un message fort et clair».

«Aujourd'hui, nous souhaitons la bienvenue à ce bébé, le sept milliardième homme. Ce faisant, nous devons reconnaître notre obligation morale et pragmatique de faire ce qu'il faut pour lui ou elle», a ajouté M. Ban.

La petite Nargis pourrait bien se sentir concernée: cette prétendante au titre de «sept milliardième être humain» est née à 7h20 locales (21h50 heure du Québec) dans le village poussiéreux de Mall, dans l'État indien de l'Uttar Pradesh, selon l'organisation caritative britannique Plan International.

Selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), l'Inde compte 1,24 milliard d'habitants et devrait devenir d'ici 2025 le pays le plus peuplé devant la Chine avec près 1,5 milliard d'habitants.

Deux régions russes sont également dans la course. Le Kamtchatka, péninsule isolée sur les rives de l'océan Pacifique, a été la première à annoncer la naissance de son candidat à 0h19 lundi (10h19 heure du Québec dimanche), un petit Alexandre. «Notre pays, comme on le sait commence avec le Kamtchatka, c'est pourquoi nous considérons que ce nouveau-né du Kamtchatka est le premier», a déclaré le dirigeant de cette région, Vladimir Ilioukhine.

Mais la région de Kaliningrad, enclave russe entre la Pologne et la Lituanie, a son propre prétendant: Piotr Nikolaev, né à 0h02 le lundi (17h02 heure du Québec dimanche).

Alexandre et Piotr devront compter avec la petite Yesuri Tarmeno Vega (3,2 kg), née à Lima, qui revendique également le titre, selon le Dr Pedro Mascaro.

Au rythme de deux naissances par seconde, l'UNFPA prédit que la population va continuer à progresser pour atteindre 9,3 milliards en 2050 et plus de 10 milliards d'ici la fin du siècle.

La hausse la plus forte a lieu en Afrique, dont la population a dépassé le premier milliard en 2009 et le second est attendu d'ici 2044.

Mais dans certains pays du continent, jusqu'aux deux-tiers des naissances ne sont pas enregistrées, selon Plan International. «Beaucoup d'enfants sont privés d'accès à l'éducation et, sans certificats de naissance, ils sont quasi invisibles, sans accès possible à leurs droits de l'homme fondamentaux», explique l'organisation.