Les Québécois dépensent des millions de dollars par année pour des produits et des régimes amaigrissants d'aucune efficacité et potentiellement dangereux, déplore l'Institut national de la santé publique du Québec dans un rapport mis en ligne cette semaine. L'organisme, qui relève du ministère de la Santé, appelle les autorités à mieux réglementer cette industrie florissante.

André Noël LA PRESSE

Aux États-Unis, le marché des produits, services et moyens amaigrissants atteint les 50 milliards par année, selon une source qui estime sa croissance annuelle à 5%. Presque tout cet argent est dépensé en pure perte: les Américains sont toujours aussi gros. La valeur du marché n'a pas été établie au Québec, mais plusieurs indices amènent l'Institut national de santé publique (INSPQ) à croire qu'il est très important.Les coûts des démarches d'amaigrissement «sont élevés pour une efficacité non démontrée», affirment les auteurs du rapport.

Un tableau donne une idée des prix des divers services pour une année complète. Weight Watchers: 590$; Minçavi: 610$; Slim Fast: 830$; Produits naturels Leblanc: 720$; Produits naturels Greens: 1895$.

Les vendeurs de régimes et de produits ont beau jeu: les Québécois sont de plus en plus gros et la majorité d'entre eux veulent maigrir, même quand ils ont un poids normal. C'est désormais 57% de la population adulte du Québec qui présente un excès de poids. L'obésité a presque doublé en 15 ans et augmenté de façon significative chez les jeunes.

Un sondage a montré que 70% des femmes et 60% des hommes essaient de perdre ou de contrôler leur poids. Le tiers des filles de 9 ans essaient de maigrir. Dans ce contexte, la tentation est grande d'acheter des «PSMA» (produits, services et moyens amaigrissants) à gros prix, surtout que les réclames publicitaires en vantant les mérites sont omniprésentes.

Pourtant, l'efficacité sur la perte de poids de la majorité de ces PSMA est plus que douteuse, martèle l'INSPQ dans un rapport de 90 pages intitulé Bénéfices, risques et encadrement associés à l'utilisation des produits, services et moyens amaigrissants, daté de mars dernier et mis en ligne sur son site le 15 juillet.

Bien sûr, il est souhaitable de perdre du poids lorsqu'on souffre d'obésité ou d'embonpoint, soulignent les auteurs. L'excès de poids entraîne une foule de maladies, notamment le diabète de type 2 et les problèmes cardiaques.

«Toutefois, maigrir n'est pas banal, écrivent-ils. Bien que chez certaines personnes affichant un excès de poids une telle décision puisse entraîner des bénéfices sur la santé, pour plusieurs autres, cette décision se soldera par l'apparition d'effets néfastes plus ou moins graves sur la santé et par une reprise du poids perdu. Seule une modification des habitudes de vie permet d'améliorer la santé et de stabiliser le poids.»

L'unique façon, durable et saine, de perdre du poids, puis de le contrôler, c'est de manger un peu moins et de bouger un peu plus. Cela demande du temps et des efforts. Or, l'immense majorité des vendeurs de PSMA font miroiter des pertes de poids rapides. «La majorité des PSMA sur le marché au Québec ne respectent pas les critères de saines pratiques de contrôle du poids, souligne le rapport. (...) Moins de 5% des PSMA au Québec reposent sur une approche combinant des modifications de l'alimentation et de l'activité physique.»

Les régimes populaires font maigrir, mais à court terme. «Les études démontrent en effet que 85% à 95% des personnes ayant perdu du poids l'ont repris, et parfois plus, à l'intérieur des cinq années suivant le programme amaigrissant.» En déréglant l'organisme, les régimes successifs sont eux-mêmes une cause d'obésité.

De nombreux produits d'amaigrissement dits «naturels», en vente libre dans les pharmacies ou ailleurs, sont très dangereux, rappelle l'INSPQ. Santé Canada a demandé que plusieurs d'entre eux soient retirés du marché. «Toutefois, l'efficacité réelle de cette mesure reste à établir. Par exemple, des avis ont été émis pour l'éphédra en 2001, 2002 et 2003, un ingrédient pouvant provoquer la mort. Or, récemment, en 2006, un autre avis a encore dû être émis.»

Des réclames publicitaires fallacieuses, du genre «Perdez 25 livres en 30 jours», continuent d'être diffusées. L'INSPQ recommande d'amender le Code canadien des normes de la publicité pour les interdire. Il réclame l'application rigoureuse des quelques règlements susceptibles de contrôler le marché des PSMA et lance l'idée d'un bureau de surveillance de cette industrie au Québec.