L’organisme Faisenpour2 distribue des plats cuisinés à des foyers qui vivent de l’insécurité alimentaire. Le traiteur Les Filles Fattoush, lui, permet à des femmes réfugiées de s’intégrer au marché du travail en cuisinant dans la camaraderie. La preuve que l’on peut aider des gens un repas à la fois… en le faisant ou en le mangeant.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Marc Parent aime deux choses dans la vie : cuisiner et donner au suivant. Et avec la pandémie, il a plus que jamais du temps pour s’y consacrer.

Pour un homme retraité depuis 14 ans, le Montréalais se garde bien occupé. Or, la pandémie a annulé ses contrats de guide touristique, ainsi que ses conférences dans les écoles primaires.

Puisqu’il avait l’habitude de cuisiner pour ses amis et ses trois garçons, il s’est mis à préparer des plats pour des personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire par l’entremise de l’organisme Faisenpour2.

Lors de notre entretien, Marc Parent avait préparé cinq contenants de ragoût de boulettes. C’était un jeudi, jour de la cueillette et de la distribution des plats. « C’est stimulant ! Donner me fait tellement plaisir. Et c’est un bel organisme géré par des jeunes. »

Deux heures après avoir conversé avec Marc Parent, nous retrouvons les cyclistes bénévoles de Faisenpour2 à l’église portugaise, située à l’intersection des rues Rachel et Saint-Urbain.

C’est le point de rencontre hebdomadaire. Tous les plats sont réunis pour prendre la direction de Montréal-Nord, où ils seront acheminés à l’organisme Parole d’excluEs qui, lui, assurera le suivi jusqu’aux foyers des gens dans le besoin.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Tous les plats sont réunis pour prendre la direction de Montréal-Nord, où ils seront acheminés à des gens dans le besoin.

La mère de la fondatrice de l’organisme, Chantale de Richoufftz, attend tout le monde avec sa voiture. C’est elle qui fera la livraison des plats. « Je suis la chauffeuse du jeudi », dit la travailleuse sociale de formation, qui est très fière de sa fille.

Clara de Richoufftz a fondé Faisenpour2 l’an dernier avant la pandémie. Étudiante à l’Université Concordia, elle a voulu inciter ses confrères à préparer un lunch de plus pour une personne en situation d’itinérance. « Je distribuais des boîtes en carton pour que les étudiants y mettent une portion supplémentaire de ce qu’ils préparaient déjà pour eux. »

Le succès de son initiative a été tel que d’autres universités ont emboîté le pas. « Au tout début de la pandémie, nous avons décidé d’aller directement chez les gens. Comme la Ville aidait beaucoup les gens en situation d’itinérance, nous avons décidé d’aider des familles de Montréal-Nord », raconte Clara de Richoufftz.

Être dans l’action communautaire aide les cyclistes bénévoles de Faisenpour2 à traverser la pandémie. C’est l’occasion de se rendre utile, de sortir de la maison, même de faire de l’activité physique, mais surtout de se réunir pour une bonne cause.

Cela amène un peu de foi à ce moment étrange.

Manon Tapié, bénévole chez Faisenpour2

Lors de notre rencontre, la jeune femme en est à sa cinquième collecte. Elle raconte qu’une dame qui fournit des plats chaque semaine a donné des gâteaux que les enfants de ses voisins ont tenu à préparer. Sur certains pots de soupe ou de sauce à spaghetti qu’elle sort de son immense sac à dos, on peut voir des petits messages écrits par les cuisiniers bénévoles.

  • Exemples de plats cuisinés par des bénévoles et distribués par Faisenpour2

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Exemples de plats cuisinés par des bénévoles et distribués par Faisenpour2

  • Exemples de plats cuisinés par des bénévoles et distribués par Faisenpour2

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Exemples de plats cuisinés par des bénévoles et distribués par Faisenpour2

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Ceux-ci sont autant des étudiants que des retraités qui concoctent autant des plats véganes que du poulet teriyaki. Il y a aussi des parents qui cuisinent avec leurs enfants en leur expliquant la portée de leur geste.

« C’est une façon hyper facile de faire du bénévolat », souligne Gabriel Galipeau, qui est impliqué dans l’organisme depuis ses débuts.

Safia Nolin fait par ailleurs partie des gens qui fournissent des plats. Elle a connu Faisenpour2 grâce à une autre autrice-compositrice-interprète, Lydia Képinski. « C’est un organisme vraiment humain et nécessaire, dit-elle. La preuve que si on se met ensemble, on peut faire des affaires vraiment merveilleuses. C’est du partage pur et dur, pis c’est ça, selon moi, la clé du futur. »

Pour sa part, Marc Parent dit que l’amour de la cuisine lui vient de sa grand-mère, qui n’hésitait jamais à ajouter un invité à sa table. « Elle disait qu’il y a toujours moyen d’étirer la sauce. »

On ne pourrait mieux dire.

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Cuisine et intégration

Le projet de traiteur des Filles Fattoush illustre aussi à quel point la cuisine est un formidable véhicule pour donner au suivant.

Leurs produits peuvent être livrés à domicile ou commandés avec Lufa. C’est un service de prêt-à-manger, mais aussi un projet d’économie sociale qui permet à de nouvelles arrivantes syriennes de s’intégrer au marché du travail en cuisinant et en socialisant dans un climat de confiance et de camaraderie.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Adelle Tarzibachi, des Filles Fattoush

Les plats syriens (labneh, kebbe au bœuf, mujadarah) sont exquis et connaissent un grand succès. On peut par ailleurs acheter les mélanges d’épices des Filles Fattoush dans plusieurs points de vente (Avril, IGA) et même sur le site de Simons. « Un grand succès », confirme la cofondatrice Adelle Tarzibachi.

> Voyez leurs produits sur le site de Simons

Fait vécu : il ne faut pas entrer dans la cuisine des Filles Fattoush, située dans un quartier industriel de Mont-Royal, avec l’estomac vide. Les vapeurs d’épices et des plats en préparation creuseront dangereusement votre appétit.

Adelle Tarzibachi, originaire d’Alep, est arrivée à Montréal en 2003. Quand le gouvernement canadien a décidé d’accueillir 25 000 réfugiés de la Syrie en 2015, elle et Josée Gauthier ont voulu aider concrètement des femmes qui devaient se bâtir une nouvelle vie. « En cuisinant, les femmes travaillent, mais elles parlent aussi de leur vie et de leur quotidien », explique-t-elle.

Pour elles et pour tant d’autres gens, cuisiner, c’est vivifiant.

> Consultez le site des Filles Fattoush