STATION DE RECHERCHE TROLL, Antarctique - Emmitouflés dans d'épaisses parkas, plus d'une dizaine de ministres et de responsables chargés de l'Environnement ont atterri lundi à la station norvégienne Troll, en Antarctique. Leur mission: en apprendre plus sur les dangers que la fonte de ce continent de glace fait peser sur la planète.

Mis à jour le 23 févr. 2009
Charles Hanley ASSOCIATED PRESS

Les représentants venant notamment des Etats-Unis, de Chine, de Grande-Bretagne et de Russie avaint rendez-vous à la station avec des scientifiques norvégiens et américains en provenance du pôle Sud, qui bouclent une randonnée de deux mois et 2.300km sur la glace.

Les visiteurs vont faire l'expérience de «l'étendue colossale du continent antarctique et de son rôle dans le changement climatique», explique le ministère norvégien de l'Environnement, qui organise la mission. Ils en apprendront aussi davantage sur les grandes incertitudes qui pèsent sur la recherche. Quelle est l'ampleur du réchauffement de l'Antarctique? Quelle pourrait être la conséquence exacte de la fonte des glaces sur l'élévation des océans à l'échelle du globe?

Ces phénomènes sont si complexes que le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a exclu la menace potentielle de la fonte des calottes glaciaires polaires des calculs de son évaluation du réchauffement climatique de 2007, qui fait autorité.

Créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), le GIEC prévoit que le niveau des océans pourrait s'élever de jusqu'à 0,59 centimètres au cours de ce siècle en raison du réchauffement et de la fonte des glaces, si la communauté internationale n'agit pas pour réduire ses émissions de dioxyde de carbone (CO2) et autres gaz à effet de serre (GES) responsables du réchauffement atmosphérique.

Le GIEC n'a cependant pas pris en compte l'Antarctique et le Groenland, dans la mesure où les interactions de l'atmosphère et de l'océan avec leurs énormes réserves de glace -l'Antarctique comprend 90% des glaces de la planète-sont mal comprises. Et pourtant, la calotte glaciaire de l'Antarctique Ouest pourrait être «le point de point de bascule le plus dangereux de ce siècle», souligne le climatologue américain James Hansen, de la NASA, qui entrevoit un risque «potentiel d'une élévation de plusieurs mètres du niveau de la mer». Un scénario «effrayant» pour Rajendra Pachauri, le président du GIEC, qui a rencontré les ministres au Cap avant leurs neuf heures vol entre l'Afrique du Sud et la station Troll.

Trouver les réponses a été la clef de l'Année polaire internationale 2007/2009: 10.000 scientifiques et 40.000 autres personnes originaires de plus de 60 pays ont participé à d'intenses recherches en Arctique et en Antarctique au cours des deux derniers étés australs, sur glace et en mer.

La Traversée scientifique de l'Antarctique Est américano-norvégienne -dont les 12 membres regagnent Troll-a été l'un des éléments importants du dispositif: des trous profonds ont été creusés dans les couches annuelles de la calotte glaciaire de cette région peu explorée afin d'en savoir plus sur les chutes de neige et la composition de cette neige. Ces travaux vont être conjugués avec un autre projet de l'Année polaire internationale: celui de dresser la carte par satellite radar des «champs de vélocité» des calottes glaciaires de l'Antarctique au cours des deux derniers étés, afin d'évaluer la vitesse à laquelle la glace est poussée dans l'océan.

Beaucoup d'autres recherches doivent être menées, mais certains scientifiques observent qu'une action politique pourrait être encore plus nécessaire. A ce sujet, la nouvelle administration Obama a promis d'agir après des années de résistance américaine au protocole de Kyoto sur la réduction des GES, qui expire en 2012. Mais la complexité des dossiers et le laps de temps limité avant la conférence sur le climat de Copenhague en décembre, date cible pour un accord, rend l'issue aussi incertaine que l'avenir des glaciers de l'Antarctique.

«Nous serions complètement fous si nous laissions ce processus (de fonte de l'Antarctique) s'enclencher», estime James Hansen, «parce qu'il n'y aura pas moyen de l'arrêter».