Le carex faux-lupulina, plante herbacée en voie de disparition au Canada, est menacé par les inondations. Les 30 derniers plants de cette espèce vivent tous au bord de la rivière Richelieu et sont sous l'eau depuis plus de 50 jours.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

La botaniste Stéphanie Pelletier étudie le carex faux-lupulina au Jardin botanique de Montréal. «Historiquement, il y avait des carex faux-lupulina au bord du Richelieu, du lac des Deux-Montagnes et de la rivière des Outaouais. Mais il ne reste plus que deux populations et elles sont au bord du Richelieu. L'une est à Lacolle et l'autre, à Henryville.»

La trentaine de plants restants sont tous situés à quelques mètres de la rivière et sont encore sous l'eau. Le carex faux-lupulina est une espèce aquatique et est habitué aux crues, mais celles de cette année pourraient avoir causé des dommages insoupçonnés.

«Des débris se déposent sur les plants. Des algues aussi. Ça bloque la lumière. La dernière fois qu'il y a eu une forte inondation, on a perdu quelques plants», dit Mme Pelletier. L'érosion pourrait aussi avoir emporté des plants.

La botaniste attend que l'eau se soit complètement retirée avant d'aller voir si les carex ont subi des dommages. Elle refuse pour l'instant de paniquer. «Le carex pourrait au contraire tirer avantage des inondations. Si d'autres plantes ont disparu, il aura moins de concurrents et pourrait se régénérer plus rapidement», dit-elle.

Pas de panique

Professeur au département de sciences biologiques de l'Université de Montréal et spécialiste des milieux humides, Jacques Brisson croit que la majorité des plantes et des arbres qui longent le Richelieu se tireront indemnes des inondations.

La plupart des arbres qui croissent en bordure de la rivière, comme les frênes, les saules et les érables argentés, sont habitués aux inondations, selon M. Brisson. «Mais les arbres et arbustes décoratifs vont en souffrir», prévoit-il. Les débris auront aussi détruit certaines plantes.

«C'est plus le manque d'oxygène à long terme qui est menaçant, dit-il. Mais il ne faut pas paniquer: l'inondation est aussi une occasion de renouveau. Le limon qui se sera déposé sur les terrains pourrait entraîner plus de germination. Des espèces vont profiter du nouveau sol.»

Au ministère du Déve-loppement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), on attend que l'eau se retire complètement avant d'évaluer les dommages causés à la végétation. On prévoit toutefois que les berges auront été érodées de plusieurs mètres à certains endroits. «Les berges qui ont été laissées au naturel auront été peu érodées, selon nos prédictions. Mais les berges remblayées, par exemple, auront des reculs plus importants», note Line Couillard, du MDDEP.