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La machine géante qui recyclait du plastique

Katia Gagnon
La Presse

Petite révolution dans le monde du recyclage au Québec : l'entreprise Enviroplast, d'Anjou, vient de commencer à exploiter un colossal équipement européen qui pourra recycler jusqu'à 7000 tonnes métriques par an de plastique, dont une bonne partie sera issue des collectes sélectives. À un tel volume, il s'agit d'une première au Canada.

Il a fallu un an et demi à l'entreprise, ainsi qu'un investissement de 10 millions, pour mener à bien ce projet, qui est encore à l'état de rodage. « Les tests que nous menons actuellement sont au-delà de nos attentes », indique Mathieu Séguin, PDG d'Enviroplast.

Lors de notre visite, lundi, on testait pour la première fois un ballot complet de sacs d'épicerie qui provenait d'un centre de tri de Toronto. Actuellement, et depuis la fermeture du marché chinois, très rares sont les entreprises qui sont en mesure de recycler ces sacs.

Le ballot a été ouvert et inséré dans la machine. Les sacs ont d'abord été déchiquetés en toutes petites particules. Ces petites particules ont subi deux étapes de nettoyage. Les débris, la saleté, et tout ce qui n'est pas du plastique pur ont été éliminés à ce stade. Donc, si le ballot contient également du métal ou du carton, la machine le repère et l'expulse.

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Ensuite, les particules ont été plongées dans une cuve. Le polyéthylène et le polypropylène, qu'on désire recycler, flottent. Les autres types de plastiques, eux, coulent. Ils ont donc été séparés, puis la matière recyclable a été séchée à l'air chaud. Les copeaux aériens ont ensuite été transformés en billes de couleur verte, qui seront revendues aux fabricants de sacs qui pourront les faire fondre pour les réutiliser.

En 20 minutes, l'opération est conclue. En une heure, la machinerie peut ainsi produire 1200 kg de billes de plastique.

De nombreux centres de tri de la région montréalaise ont manifesté leur intérêt pour cette innovation d'Enviroplast. « Tous les centres de tri sont intéressés. Mais il va falloir qu'ils adaptent leurs méthodes de tri parce que je ne veux pas de ballots qui contiennent une forte proportion de carton. Sinon, c'est moi qui serai pris avec », dit M. Séguin.

En clair, les matières de choix sont vos bouteilles de shampooing, d'eau de Javel, les barquettes contenant des biscuits, des sushis.

Évidemment, plus les ballots sont « propres », meilleure est la qualité du plastique produit, et plus il se vend cher. Le plastique produit avec ces ballots de sacs sera de qualité moindre, mais pourra être réutilisé pour faire d'autres sacs, ou encore, en y ajoutant une teinture noire, des sacs à déchets.

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Si le client désire un produit de meilleure qualité, on modifiera la « recette » en y ajoutant du plastique produit avec des ballots plus propres. Comme ces billes bleues, produites avec la pellicule plastique utilisée dans les champs par les producteurs de canneberges. « Jusqu'à aujourd'hui, tout ce plastique allait à l'enfouissement. Ce fabricant était un pollueur. On lui a vendu l'économie circulaire. Il va pouvoir réutiliser sa propre matière. »

Aucune eau potable utilisée

L'imposante machine, presque totalement automatisée, est contrôlée par un simple panneau. Il ne faut que trois personnes pour l'opérer. Le vrai cerveau se cache cependant derrière de grandes armoires de plastique qui masquent un gigantesque ordinateur. « Une fois installé, ça se gère pratiquement tout seul. »

« Et ce qui est particulier avec notre système, c'est qu'on n'utilise aucune eau potable. C'est un système complètement fermé qui réutilise toujours la même eau. » - Mathieu Séguin

On a en effet couplé à cette machine à recycler le plastique une minicentrale de traitement de l'eau qui nettoie l'eau en lui injectant des bulles de gaz. Les déchets ressortent à une extrémité, et l'eau propre repart pour nettoyer une nouvelle fournée de matière plastique.

Le montage de cette machinerie colossale, qui est en fait constituée de trois machines différentes qui se parlent entre elles, a été un défi d'envergure. Il a fallu ajuster la hauteur des pièces, transférer les voltages européens, creuser des canalisations pour que l'eau s'écoule et connecter entre elles différentes machineries. Le spécialiste Alain Roucau a été le maître d'oeuvre des travaux. « Ç'a été tout un défi », dit-il.

« En Chine, ils ont de tels équipements, mais ce sont des usines avec 100 employés. En Europe, j'ai vu de telles machines, totalement automatisées. Quand le marché asiatique a fermé, j'ai compris qu'on avait un bon timing », dit Mathieu Séguin.

Enviroplast a déjà des contrats pour installer ailleurs des équipements semblables. Le projet le plus avancé est situé dans la région de Toronto. L'entreprise a également des contrats à Moncton et à Saint-Bruno, au sud de Montréal.




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