Contrairement à ce que prétend Enbridge, le projet hautement controversé de transport de pétrole bitumineux de l'Alberta jusqu'à Montréal n'est pas mort, soutiennent les écologistes.

Mis à jour le 24 févr. 2009
François Cardinal LA PRESSE

«Le projet Trailbreaker est bel et bien de retour», lance Hugo Séguin, d'Équiterre. Il en veut pour preuve le début, ce matin à Longueuil, des audiences publiques sur la construction d'une station de pompage à Dunham.

 

La demande soumise par l'entreprise Pipelines Portland Montréal Ltée à la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) vise une modification du zonage de certaines terres agricoles puis la construction d'une unité de pompage, dans le but d'inverser le flot d'un pipeline de pétrole reliant le Maine au Québec.

«Un feu vert de la CPTAQ pour cette station de pompage est une étape fondamentale pour compléter le projet Trailbreaker», précise Hugo Séguin.

Dans une lettre datée d'août 2008, Pipelines Portland Montréal précise en effet que «l'inversion (prévue en 2010) permettrait la livraison de quelque 128 000 barils par jour de pétrole brut lourd de l'Ouest canadien au sud de Portland, Maine».

C'est ce qui fait dire aux écologistes ainsi qu'aux groupes de citoyens opposés au projet qu'Enbridge n'a pas vraiment mis Trailbreaker de côté, comme elle l'affirme depuis la mi-janvier. Elle aurait simplement retiré le projet de l'oeil scrutateur du public et des médias, ce que nie l'entreprise.

«En prétendant avoir mis le projet sur la glace, Pipelines Portland Montréal n'a plus à respecter d'échéancier, souligne Laurent Busseau, du comité environnemental de Dunham. En plus, les membres de l'opposition à la Chambre des communes ne peuvent plus déposer de demandes d'information, puisqu'il n'y a plus de projet devant l'Office national de l'énergie. Mais officieusement, c'est certain, le projet avance.»

Le projet Trailbreaker est composé de trois éléments, dont le principal consiste à renverser le courant de la canalisation 9 qui relie l'Ontario et le Québec. Cela permettrait de transporter pour la toute première fois du pétrole issu des gisements bitumineux d'Alberta directement à Montréal.

Au total, 240 000 barils de pétrole pourraient être acheminés vers les raffineries de l'Est de Montréal. Le tiers serait consommé au Québec, puis le reste poursuivrait son chemin vers les États-Unis.

Le problème, c'est que le pipeline qui traverse les Cantons de l'Est vers Portland puis vers le Texas coule vers le nord. D'où le projet de station de pompage, qui permettrait de renverser ce flot. Le pétrole pourrait ainsi franchir les monts Sutton puis traverser la frontière américaine.

Les citoyens s'opposent à la construction d'une station de pompage notamment en raison des risques d'accidents et de contamination de leurs puits artésiens. L'inquiétude renforcée par l'âge du pipeline en fonction depuis 1941.

«C'est l'un des trois pipelines les plus vieux du continent, note Hugo Séguin. Or il y a une corrélation entre l'âge d'un pipeline et les accidents, comme celui survenu en 1999 à Saint-Césaire. La CPTAQ doit donc refuser ce projet.»

Selon le Département américain du transport, la moitié des 2235 incidents recensés sur des pipelines terrestres ces 20 dernières années touchaient de l'équipement vieux de plus de 50 ans.

Pipelines Portland Montréal n'a pas rappelé La Presse hier.