Le nouveau cri d'alarme de l'Agence américaine de protection de l'environnement contre le projet de pipeline Keystone XL n'émeut pas le ministre de l'Environnement, Peter Kent, qui espère que le département d'État approuvera le controversé plan d'exportation du pétrole des sables bitumineux.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

Projet d'une valeur de 7 milliards de dollars, le pipeline de la société TransCanada transporterait le pétrole albertain à travers les États-Unis jusqu'à des raffineries de l'Oklahoma et du Texas.

Or, les Américains sont divisés sur l'impact environnemental du projet. Pour la deuxième fois, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) a rejeté, hier, l'analyse des impacts par le département d'État, jugeant que l'étude réalisée est incomplète.

Ce désaccord entre les deux instances pourrait faire en sorte que la décision sans appel reviendrait au président américain Barack Obama, qui avait commenté le projet en avril dernier, en soulignant «les questions environnementales» liées au «potentiel destructeur» des sables bitumineux.

À Ottawa, par contre, le gouvernement conservateur de Stephen Harper, reconnu pour ses positions favorables à l'industrie des sables bitumineux, n'a pas hésité à se ranger derrière l'imposant projet qui augmenterait de façon importante les exportations de l'or noir albertain.

«Le pipeline Keystone XL offrira un avantage économique substantiel pour le Canada, a souligné à la Chambre des communes le secrétaire parlementaire du ministre des Ressources naturelles, David Anderson. Pendant que l'opposition critique le Canada ici et à l'étranger sur la façon dont on gère l'énergie, notre gouvernement va continuer à défendre l'économie canadienne, les ressources et les emplois canadiens. Et on ne s'excusera pas de le faire.»

À la sortie de la période des questions, le ministre Kent a renchéri. «C'est aux Américains de prendre la décision, a-t-il dit. J'ai parlé à mes homologues à l'Agence de protection de l'environnement et je leur ai dit que toute décision devrait être basée sur les faits et la science, et non sur l'idéologie.»

Interrogé sur le fait que justement, l'EPA considérait qu'il manquait des faits à l'analyse effectuée, le ministre a rétorqué que c'était «au département d'État de prendre ultimement la décision», se rangeant ainsi derrière les plus favorables au projet.

Pertes d'emplois

L'opposition officielle néo-démocrate considère que le projet causera, non seulement des problèmes environnementaux, en augmentant les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi des pertes d'emplois, qui seront exportés en même temps que le pétrole, vers les États-Unis.

«Les Américains sont en train d'effectuer davantage de vérifications minutieuses sur les gaz à effet de serre provenant des sables bitumineux canadiens que ce gouvernement en a fait depuis cinq ans», a lancé le député du NPD d'Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, Romeo Saganash.

«Il faut changer complètement la politique en regard des sables bitumineux. Maintenant, on va exporter toute l'énergie brute et c'est une politique désastreuse pour l'économie canadienne, en plus du désastre environnemental que ça cause», a renchéri son collègue néo-démocrate Nathan Cullen.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a quant à elle réitéré sa demande pour un moratoire sur le développement de l'industrie des sables bitumineux.

Elle estime par ailleurs que le dossier représente un test pour le leadership du président Obama.

«C'est la question de savoir, s'il est un président écolo, ou non», a conclu Mme May.