À deux semaines de la Conférence sur le climat de Cancún, au Mexique, le gouvernement fédéral entend garder le cap sur sa politique de lutte contre les changements climatiques et ne craint pas que les élections de mi-mandat aux États-Unis, dominées par les républicains, ne freinent l'implantation de réglementations continentales contraignantes.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

«Je pense que ce serait une erreur de croire que le président Obama va se résigner à l'inaction. Je crois plutôt qu'il regarde d'autres actions possibles, a souligné hier le tout nouveau ministre de l'Environnement, John Baird. Il avait de la difficulté à faire adopter des lois même lorsqu'il avait une forte majorité à la Chambre et au Sénat. Il a d'autres leviers à sa disposition.»

Aux élections américaines du 2 novembre, le Parti républicain, réfractaire à plusieurs politiques de lutte contre les changements climatiques, a repris le contrôle du Congrès américain, ce qui rendra la tâche plus difficile au président pour faire adopter certaines lois. Or, le gouvernement conservateur de Stephen Harper martèle depuis des années qu'il doit attendre l'administration américaine avant d'adopter des réglementations contraignantes en matière de lutte contre les changements climatiques, pour ne pas nuire à l'économie, très intégrée à celle de nos voisins du Sud.

«Le président Obama a lui-même mis en doute le fait qu'il puisse faire adopter au Congrès américain sa loi instaurant un système de plafonnement et d'échange, a souligné le ministre Baird. Mais il y a d'autres possibilités sur lesquelles nous pouvons agir.»

«Le transport représente un tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES) et nous avons une réglementation harmonisée qui a le potentiel d'avoir beaucoup de succès, a-t-il ajouté. On l'a fait avec les automobiles, et on travaille sur les petits camions. On travaille sur les autres moyens de transport aussi, avec les États-Unis, puisque tout le marché est intégré. Il faut continuer dans cette voie-là.»

Ministre de l'Environnement dans le premier gouvernement Harper, de 2007 à 2008, John Baird a repris le flambeau il y a 10 jours, après le départ précipité de Jim Prentice, qui a démissionné de ses fonctions le 4 novembre pour devenir vice-président à la Banque CIBC.

À quelques jours de son départ pour le Mexique, où il représentera la Canada à l'importante conférence internationale qui fait suite à la rencontre de Copenhague, l'année dernière, le ministre Baird a laissé entendre qu'il n'y aurait pas de nouvelles initiatives, cibles ou politiques présentées avant le sommet, contrairement à ce que réclament les environnementalistes, les chefs d'entreprises et les partis de l'opposition à Ottawa.

«Nous allons à Cancún pour soutenir l'accord de Copenhague, s'est contenté de répondre M. Baird, à une question du critique bloquiste en environnement, Bernard Bigras. Il y aura des discussions sur le financement, sur les mesures d'atténuation et d'adaptation, sur la technologie. Le Canada, alors qu'il représente 2% des émissions, met sur la table 4% de l'argent (pour aider les pays en développement). Je pense que ça démontre à quel point le leadership canadien est fort.»

Du même souffle, il a toutefois tenu à minimiser l'importance du sommet de Cancún, affirmant qu'il s'agissait «d'une étape» dans les négociations internationales sur les changements climatiques, mais que la rencontre ne pouvait être comparée à celles de Copenhague ou encore Bali, fin 2007.