Les démocrates du Sénat américain ont asséné un coup d'arrêt jeudi à un vaste projet de loi sur l'énergie et les changements climatiques, grande priorité du président Barack Obama, reconnaissant qu'ils ne disposaient pas de suffisamment de voix pour l'adopter.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Malheureusement, à ce stade nous n'avons pas un seul républicain qui veut nous rejoindre» pour l'adoption d'une loi sur le climat, a déploré jeudi devant la presse le chef de la majorité démocrate du Sénat Harry Reid.

Le président Barack Obama s'est récemment beaucoup investi pour convaincre le Congrès d'adopter un vaste projet de loi sur l'énergie et le climat, visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

«Le temps d'adopter les énergies propres est venu», avait-il lancé en juin lors d'un discours solennel prononcé depuis le Bureau ovale après la catastrophe du golfe du Mexique.

Mais l'opposition républicaine dispose d'une minorité de blocage de 41 voix sur 100 au Sénat. Par ailleurs, certains démocrates sont réticents à l'idée d'approuver un plan climat qui contiendrait un système de droit d'émission de CO2 dit «cap and trade» sur le modèle européen.

Même une version du «cap and trade» limitée aux seules usines électriques, qui avait été évoquée récemment par certains élus de la majorité, n'a pu obtenir les 60 voix sur 100 requises.

M. Reid, qui s'exprimait aux côtés du sénateur John Kerry et de la conseillère du président américain Barack Obama pour les questions d'énergie et de changement climatique Carol Browner, a présenté un projet de loi sur l'énergie beaucoup plus modeste.

Ce plan contiendra notamment des mesures pour s'assurer que BP finance bien le nettoyage de la marée noire du golfe du Mexique, et des dispositions pour améliorer la sécurité dans le domaine du forage afin d'éviter de futures catastrophes.

M. Reid a précisé que ce projet de loi ne remplace pas le plan plus large prévu initialement. «Mais nous ne laisserons pas passer l'occasion de responsabiliser BP», a-t-il dit.

À l'inverse du «cap and trade», ces mesures qui devaient initialement être contenues dans le projet plus vaste sur l'énergie et le climat ont l'appui général des républicains, a certifié M. Reid.

Concernant l'avenir du plan de la réduction des gaz à effet de serre au Sénat, M. Kerry a indiqué qu'il continuera à travailler avec le sénateur indépendant Joe Lieberman pour «trouver la voie des 60 voix (nécessaire à l'adoption du texte, ndlr) d'une législation qui cible de façon convenable le carbone».

Les discussions sur ce projet de loi climat pourraient reprendre à l'automne, avant les élections.

M. Kerry, un des élus clés dans ce dossier, a juré que le projet de loi «ne prendra pas autant de temps» à être adopté que celui sur la couverture maladie qui a pris plusieurs décennies aux législateurs américains.

Mme Browner a réitéré le souhait de M. Obama de voir adopter un texte sur le climat aux États-Unis. «Nous allons continuer de travailler avec les sénateurs pour élaborer un projet de loi complet», a-t-elle dit.

La Chambre des représentants a adopté en juin 2009 un projet de loi contenant un système de «cap and trade».

Plusieurs groupes écologistes ont exprimé leur déception jeudi. L'annonce de la mise à l'écart de la loi sur les émissions de CO2 «laisse un grand trou dans la politique américaine sur l'énergie et le climat, et le coût à long terme sera énorme», a assuré dans un communiqué Rafe Pomerance, qui préside Clean Air-Cool Planet.

Kevin Knobloch de Union of Concerned Scientists (UCS) a estimé que «le Sénat a une responsabilité absolue d'agir sur les changements climatiques cette année».