Il est difficile d'évaluer le coût du déclassement de Gentilly-2. Les estimations varient dans les documents officiels d'Hydro-Québec et la société d'État n'a pas d'étude récente à ce sujet.

Publié le 22 sept. 2012
Charles Côté LA PRESSE

Selon un avant-projet de déclassement datant de 2001, déposé par Hydro-Québec à la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), l'opération coûtera au moins 439 millions, en plus des 524 millions prévus pour l'enlèvement et la disposition finale du combustible.

La société d'État refuse de commenter ce dossier, sauf pour indiquer qu'il n'y a pas eu de mise à jour concernant cette étude.

Par ailleurs, le gouvernement du Québec s'est porté garant d'Hydro-Québec pour la somme de 685 millions devant la CCSN en vue du déclassement de la centrale Gentilly-2.

Enfin, le dernier rapport annuel de la Société d'État chiffrait à 409 millions le passif dû au déclassement éventuel de Gentilly-2, mais cela était «fondé sur l'hypothèse qu'Hydro-Québec procédera à la réfection».

Selon le syndicat qui représente les employés de la centrale nucléaire, si les dépassements de coûts sont possibles en cas de réfection, ils le sont encore plus pour le cas d'un déclassement.

Michel Bibeault, directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), affirme qu'il est «utopique» de créer de toutes pièces une industrie québécoise du démantèlement de centrales afin de remplacer les 800 emplois reliés à l'exploitation de Gentilly-2.

Il cite l'exemple de la centrale française de Brennilis, fermée en 1985 et qui n'est toujours pas démantelée. «Le coeur du réacteur n'est pas encore approchable», dit-il.

Son collègue Richard Perreault, président provincial des employés de métier à Hydro-Québec, affirme que «la décision du gouvernement est précipitée et prématurée».

«Il faut faire un débat sensé avec tous les arguments, pour prendre une décision logique dans l'intérêt de tous les Québécois.»

En cas de déclassement, il prévoit un «désastre économique» dans la région de Bécancour. «Il y a toujours du travail à très court terme durant la première année. Après ça, on n'a pas de plan de match, il faut attendre que ça refroidisse pendant 30 ou 40 ans.»

M. Bibeault insiste pour faire le débat sur la base d'informations plus complètes. «On veut mettre dans la balance la rentabilité de la réfection», dit-il.

Il affirme qu'une centrale Gentilly-2 rénovée produirait environ à 7 cents du kilowattheure, ce qui est moins que l'énergie éolienne. Mais, reconnaît-il, cette estimation ne comprend pas, justement, le coût du déclassement éventuel.