C'est la consternation à Saint-Cyprien-de-Napierville après l'annonce cette semaine que le projet de huit éoliennes présenté par Kahnawake Sustainable Energies (KSE), société contrôlée par le conseil de bande de Kahnawake, fait partie de ceux qu'a retenus Hydro-Québec à la suite de son dernier appel d'offres.

Charles Côté LA PRESSE

«Des 13 projets autochtones présentés, un seul a été retenu, et c'est le seul qui n'avait pas été approuvé par la municipalité concernée», s'indigne Jean-Pierre Brouillard, conseiller municipal dans cette municipalité de 1800 habitants située à 40 km au sud de la réserve mohawk.

Pour Hydro-Québec, le principal attrait du projet de huit éoliennes de KSE est le coût de l'électricité. «Ce projet-là, comme les autres qui ont été retenus, s'est retrouvé parmi les moins coûteux, à 11,3 cents le kilowattheure», affirme Guy L'Italien, porte-parole d'Hydro-Québec.

Dans la grille d'évaluation d'Hydro-Québec, le facteur coût comptait pour 30 points sur 100. Trois points étaient accordés si le promoteur prévoyait des paiements aux municipalités qui accueilleraient le projet.

À cet égard, le porte-parole du promoteur KSE, Sergio Pavone, réitère la promesse de verser à Saint-Cyprien des redevances de 3 millions en 20 ans, soit 150 000$ par année.

Cette promesse ne fait qu'enrager M. Brouillard: «Ils continuent de vouloir faire passer leur projet, ils disent qu'ils veulent donner de l'argent à la municipalité alors qu'on n'a même pas d'entente avec eux!»

L'opposition au projet date de 2007, quand la société lavalloise TCI l'avait présenté pour la première fois à la municipalité sous le volet dit «communautaire», qui nécessite une participation financière de 30% de la communauté.

Mais l'arrangement ne plaisait pas à la municipalité. «TCI nous a dit qu'elle nous prêterait l'argent sans intérêt et qu'on aurait servi de prête-nom, dit M. Brouillard. Mais elle aurait gardé tous les bénéfices.»

TCI est revenue à la charge en partenariat avec le conseil de bande de Kanesatake. C'est cette version du projet qui a été acceptée par Hydro-Québec. «Ils sont très contents du résultat, dit M. Pavone. Ils étaient confiants parce qu'ils avaient une soumission solide. Mais ils n'ont jamais eu la chance d'expliquer adéquatement leur projet au conseil municipal et aux citoyens.»

La Ville prévoit une réunion d'information en janvier, mais on semble loin de la conciliation. «On va essayer de convaincre la municipalité de contester l'appel d'offres devant les tribunaux, dit Pierre Couture, un citoyen opposé au projet. L'appel d'offres est discriminatoire, il y a une voie blanche et une voie autochtone.»

Sur le plan politique, Saint-Cyprien a l'appui de ses voisines et aussi de la Fédération québécoise des municipalités.

La controverse autour du projet de KSE à Saint-Cyprien contraste avec l'accueil favorable réservé au projet de Kruger Énergie, quelques kilomètres plus à l'ouest. Avec 100 mégawatts et 44 éoliennes, c'est le plus important en Montérégie. Il a été étudié par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) cet automne. Des 16 mémoires reçus, 15 étaient positifs. Le rapport du BAPE devrait être publié cet hiver.

«En trois ans, il y a eu 17 soirées d'information, en plus de quatre journées au BAPE, dit Jean Majeau, porte-parole de Kruger. Il y a eu un travail de terrain impressionnant. Au début, il y avait 300 personnes aux rencontres; avec le temps, il y en a eu de moins en moins.»

«D'après ce qu'on sait du projet de Kruger, la population a été consultée de façon constante et dès le départ, dit M. Couture. Il a été mis sur pied de façon démocratique.»

Un autre projet de 25 éoliennes à Saint-Valentin, à l'est de Saint-Cyprien, est devant le BAPE. Les audiences reprennent au début du mois de février avec la présentation des mémoires.

Le projet de KSE se dirige aussi tout droit vers des audiences devant le BAPE, un exercice qui promet d'être houleux. Cet automne, une assemblée d'information organisée par la Ville de Saint-Cyprien à la demande de KSE avait été annulée par crainte de débordements.