Ils ne crachent pas le feu, mais les dragons du Komodo tuent des buffles et parfois un homme, ce qui attire les touristes en mal de frissons sur deux îles indonésiennes, derniers refuges des plus grands varans du monde.

Jérôme Rivet AGENCE FRANCE-PRESSE

«On se croirait transporté à Jurassic Park, très loin dans le passé!», s'enthousiasme Michael Lien, un voyageur venu de Singapour.

Devant lui, s'étale, grandiose, un paysage de création du monde: une multitude d'îles dont les montagnes couvertes de savane et de palmiers plongent dans la mer azur.

Michael Lien et sa femme sont à la fois excités et un peu tendus. «Qu'est ce que je fais si un dragon surgit soudainement?», demande le jeune homme à Johnny Banggur, le garde-forestier qui va leur faire découvrir l'île de Komodo.

Fort de 18 ans d'expérience, le guide, armé d'un long bâton, leur explique la marche à suivre: ne pas s'éloigner du sentier et marcher groupés.

Semblant tout droit sorti de la Préhistoire, les dragrons du Komodo (varanus komodoensis) traînent en effet une redoutable réputation. De cannibale mais aussi de tueur d'homme. Comme en témoigne celle, en 2007, d'un enfant de 9 ans qui s'était isolé pour se soulager.

Le cas le plus célèbre reste celui d'un baron suisse dont on n'a retrouvé que les lunettes et l'appareil photo en 1974.

Le risque est toutefois «extrêmement faible» car «le dragon préfère s'attaquer à un buffle, une biche ou un cochon sauvage», rassure Johnny Banggur.

N'empêche. Le couple Lien n'en mènera pas large en croisant à trois reprises des dragons à l'allure menaçante avec leur longue langue jaune fourchue, leur mâchoire puissante et leurs longues griffes.

Quelque 2500 individus, dont certains mesurant trois mètres de long, vivent encore à l'état sauvage dans le parc naturel de Komodo, créé en 1980 pour préserver le seul lieu au monde où subsiste cette espèce qui serait vieille de 40 millions d'années.

«Sur Komodo, tout est fait pour que ces animaux et les hommes cohabitent sans heurt», affirme Mulyana Atmadja, le directeur du parc. Les visites, payantes, sont très réglementées: le matin, d'une durée limitée, sur des sentiers balisés dans une zone restreinte et toujours accompagnées d'un ranger.

Certains jours, les visiteurs doivent patienter. Car leur nombre augmente d'année en année: 40 000 attendus cette année, dont 90% d'étrangers, et jusqu'à 50 000 prévus en 2011.

Un maximum, selon des experts, qui craignent pour le «stress» des varans confrontés à l'afflux de touristes. «Nous devrons être très vigilants à ne pas troubler leurs zones d'habitat naturel», souligne M. Atmadja.

Avec l'aide de l'ONG américaine The Nature Conservancy (TNC), un modus vivendi a également été instauré avec les 2000 habitants, essentiellement des pêcheurs, des îles Komodo et Rinca.

«Ils avaient l'habitude de chasser les cerfs et les buffles, entrant ainsi en compétition avec les dragons. Nous les avons dissuadés de continuer et leur avons trouvé d'autres sources de revenus», explique M. Atmadja.

L'aquaculture a été promue et les autochtones ont l'exclusivité de la fabrication et de la vente des figurines en bois de dragons, très prisées des touristes.

Classé par l'Unesco au patrimoine mondial, le parc de Komodo fait la fierté de l'Indonésie, en mal de touristes en dehors de Bali. Elle mène pour cela campagne pour qu'il soit sélectionné parmi «les sept nouvelles merveilles naturelles du monde» à l'issue du vote organisé sur internet par la fondation New Seven Wonders.