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Les cerveaux du climat désertent le Canada

  ... (Photo: Bernard Brault, Archives La Presse)

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Photo: Bernard Brault, Archives La Presse

La recherche canadienne sur le climat est au bord du gouffre, et rien ne semble vouloir l'en réchapper. Au point où de nombreux chercheurs ont plié bagage ou songent sérieusement à le faire.

Las d'attendre une réponse d'Ottawa qu'ils n'espèrent même plus, les principaux scientifiques du climat se sont résignés à la fermeture prochaine de leur principal bailleur de fonds depuis 10 ans, la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère (FCSCA).

«Catastrophique», «désastreux», «tragique» : les huit chercheurs interviewés par La Presse n'ont pas mâché leurs mots quant à l'impact de la disparition possible de la Fondation.

Andrew Weaver, titulaire de la chaire de recherche du Canada en modélisation et en analyse climatique à l'Université de Victoria, va même jusqu'à évoquer «l'anéantissement possible de la communauté des chercheurs canadiens du climat».

Uniquement dans leur entourage, les universitaires consultés ont pu nommer tout près de 20 chercheurs actuellement en recherche d'emploi, au Canada ou ailleurs, dont certains qui ont déjà quitté le pays. À lui seul, René Laprise, directeur du Centre pour l'étude et la simulation du climat à l'échelle régionale (ESCER) de l'UQAM, a vu deux chercheurs s'en aller et craint que neuf autres n'emboîtent le pas.

«La conséquence de la rupture de continuité dans le financement de la Fondation est le démantèlement des équipes que l'on met tellement d'années d'efforts à monter et à former, étant donné l'expertise pointue des domaines», déplore-t-il.

Fin probable

La FCSCA n'a pas encore fermé ses portes, mais c'est tout comme, selon son président, Gordon McBean. Ayant obtenu 60 millions de dollars en 2000 sous Jean Chrétien, puis 50 millions en 2004 sous Paul Martin, la Fondation n'a plus reçu un sou depuis, malgré ses appels répétés.

«Nous avons demandé à de nombreuses reprises du nouveau financement, mais sans succès», se désole ce professeur de l'Université de Western Ontario, mondialement reconnu dans son domaine.

Lors d'une rencontre à l'automne 2008 avec le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, le Dr McBean a demandé une somme de 250 millions échelonnés sur 10 ans, mais il a été déçu de constater par la suite que la Fondation ne figurait pas dans le budget subséquent.

Tout au plus, la semaine dernière, Ottawa a-t-il officiellement prolongé le mandat de la Fondation jusqu'en mars 2012, mais sans lui verser plus d'argent. «Il reste encore un an et trois mois à l'entente, a indiqué par courriel le porte-parole du ministre, Frédéric Baril. Nous ne spéculerons donc pas sur des ententes qui ne sont pas encore arrivées à échéance.»

Absence de fonds

Mais cette incertitude, pour tous les chercheurs interviewés, est presque aussi désastreuse que la fermeture de la FCSCA. «Ce gouvernement a une méconnaissance fondamentale de la recherche, lance Andrew Weaver, de l'Université de Victoria. Plusieurs équipes de recherche ont déjà dû fermer leurs portes et, surtout, la plupart des chercheurs tentent actuellement de se réorienter, faute d'un financement à venir.»

Le problème, c'est qu'il n'y a pas de fonds pour amorcer de nouvelles recherches, ce qui pousse les chercheurs à regarder ailleurs. «C'est un désastre pour la recherche sur le climat au Canada, soutient Michael Sigmond, chercheur en physique atmosphérique à l'Université de Toronto. L'actuelle situation se traduit déjà, à l'heure où l'on se parle, par un exode des cerveaux.»

Cela est attribuable au processus administratif de demandes de subventions de recherche. Entre l'annonce d'un programme, les appels de propositions, les lettres d'intention, l'évaluation et l'annonce des résultats, il peut facilement s'écouler plus d'une année.

En ce sens, les coffres de la Fondation sont déjà techniquement à sec puisqu'elle ne peut verser que l'argent déjà promis.

«L' "extension" ne permet qu'une chose : dépenser les fonds déjà obtenus qui n'ont pas été dépensés, explique René Laprise, seul Québécois ayant participé aux travaux du GIEC comme auteur principal. C'est comme si on coupait votre salaire pour six mois et qu'on vous demandait d'étaler l'argent versé au cours des six autres mois sur toute l'année.»




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