Vingt membres du groupe écologiste Greenpeace ont pris d'assaut les édifices de la colline parlementaire, tôt hier, afin de dénoncer le manque de leadership du gouvernement de Stephen Harper et des libéraux de Michael Ignatieff en matière de lutte contre les changements climatiques.

Joël-Denis Bellavance et Hugo De Grandpré LA PRESSE

Ce geste d'éclat, fait le jour du début de la conférence de Copenhague, a entraîné la remise en cause des mesures de sécurité sur la colline parlementaire, déjà renforcées depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 et qui coûtent maintenant plus de 3 millions par année.

Arrivés vers 7h, des militants chargés d'équipement d'alpinistes ont eu le temps d'installer des câbles autour des petites tours du toit de l'édifice de l'ouest et de descendre le long du mur, en déroulant deux grandes et deux petites banderoles, sous les yeux d'un important contingent de policiers, pompiers et ambulanciers qui n'ont pas osé intervenir.

«Harper et Ignatieff: l'inaction climatique coûte des vies», pouvait-on lire sur une des grandes banderoles. «Halte aux sables bitumineux», avait-on écrit sur une des plus petites.

Ce n'est qu'après 10h que les forces de l'ordre ont utilisé l'immense échelle d'un camion de pompiers pour forcer les militants à descendre un à un de l'édifice. Quatorze des vingt personnes arrêtées se trouvaient sur l'édifice de l'ouest, cinq sur l'édifice du centre et une autre a été arrêtée au sol. Des accusations de méfait pourraient être déposées contre elles.

Prix fossile

Une porte-parole de Greenpeace, Christy Ferguson, a refusé de dire comment les militants avaient réussi à déjouer les services de sécurité de la colline parlementaire.

«Nous ne dévoilons pas nos secrets. Mais nous sommes venus ici pour envoyer un message à Stephen Harper et Michael Ignatieff. Leur refus d'agir sur les changements climatiques est dangereux, mauvais et coûte des vies humaines», a dit Mme Ferguson.

Ce geste d'éclat est survenu alors que le Canada se voyait décerner encore une fois le prix Fossile du jour par les groupes environnementaux internationaux, en raison de son piètre bilan en matière de lutte contre les changements climatiques.

À Copenhague, le Canada proposera de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20% d'ici 2020, mais en ayant 2006 comme année de référence et non pas 1990 comme le prévoit le protocole de Kyoto. Le ministre canadien de l'Environnement, Jim Prentice, a affirmé que le Canada ne pouvait faire plus sans mettre en péril la reprise économique. Stephen Harper compte participer à cette conférence, à l'instar de quelque 70 autres chefs d'État et de gouvernement.

M. Prentice s'est montré peu impressionné par le geste d'éclat de Greenpeace. «L'enjeu de la conférence de Copenhague ne concerne pas des gens qui escaladent le parlement à Ottawa. L'enjeu est de savoir comment nous allons conclure une entente internationale qui lie tous les émetteurs de manière à ce qu'on puisse réduire les émissions. Et le Canada est prêt à être un acteur responsable», a dit M. Prentice.

«Erreur»

«Je crois qu'ils ont fait une erreur, a quant à lui déclaré le chef libéral, Michael Ignatieff, mécontent de voir son nom aux côtés de celui de Stephen Harper sur la bannière. Ils n'ont pas regardé le leadership que nous avons montré sur la question environnementale depuis des années.

«Les conservateurs sont au pouvoir depuis quatre ans, a-t-il ajouté. Et il n'y a aucune action véritable, concrète, réelle sur l'environnement. C'est eux qui ont perdu l'influence du Canada à Copenhague.»

Embarras

Les porte-parole de la GRC et de la police d'Ottawa ont semblé embarrassés par les questions sur la sécurité de la colline parlementaire. «La GRC mène en ce moment une enquête avec ses partenaires de la Ville d'Ottawa. Je ne peux pas dévoiler les informations sur les moyens utilisés par ces personnes pour monter sur le toit. Cela fait partie de l'enquête en cours», a dit une porte-parole.

Elle a ajouté que la GRC comptait revoir les mesures de sécurité en vigueur et, si nécessaire, les renforcer.

Plusieurs moyens de pression

Selon la directrice intérimaire de Greenpeace Québec, Mélissa Filion, la manoeuvre s'inscrivait dans une suite de moyens de pression déployés depuis le mois de septembre en vue du sommet de Copenhague. Il y a quelques semaines, en Indonésie, Greenpeace a entravé les grues de l'une des plus importantes usines de pâtes et papiers du monde.

L'opération d'hier semblait avoir été soigneusement planifiée. À 8h23, une porte-parole de l'organisation a laissé un message dans la boîte vocale de La Presse: «C'est pour vous informer qu'une dizaine de membres de Greenpeace occupent présentement le toit du parlement du Canada.»

Toute la journée, le site web www.greenpeace.org renvoyait à des vidéos prises par les militants postés sur le toit de l'immeuble. «On vient d'apprendre que l'on est en état d'arrestation pour des accusations de méfait», a expliqué une jeune femme qui filmait les camions de pompiers, les alpinistes le long du mur, les journalistes et les curieux sur le trottoir.