Après avoir entendu le récit de la détention de leurs deux filles, Jacynthe et Maryse, Denise Beaudry et Christian Poisson n'ont pas hésité: ils ont pris la route de Toronto, hier, comme d'autres parents en colère, pour venir appuyer les démarches de leur progéniture devant la Cour de l'Ontario.

Mis à jour le 24 août 2010
Malorie Beauchemin LA PRESSE

«On les appuie à 100% depuis que c'est arrivé. On a assisté à des réunions avec elles, on a rencontré des avocats, on en a longuement discuté», raconte Mme Beaudry, qui a vécu des heures d'angoisse le 28 juin: elle ne pouvait communiquer avec ses jumelles de 21 ans et ne savait surtout pas dans quelles conditions elles étaient détenues.

«Jamais je n'aurais cru entendre des histoires semblables dans un pays comme le nôtre, renchérit M. Poisson, le papa. Quand mes filles sont sorties et m'ont dit qu'elles s'étaient fait traiter de fucking French, qu'elles avaient été fouillées à nu à deux reprises - une fois devant un homme -, qu'elles avaient été privées de sommeil, j'ai trouvé que c'était des conditions de détention indignes d'un pays démocratique. C'est une honte, et ça se poursuit avec des accusations ridicules.»

Bernard Gagnon, 52 ans, s'est lui aussi rendu à Toronto avec son fils, Kevin, qui étudie en biochimie. Le Montréalais de 29 ans dit qu'il n'est pas militant pour deux sous et qu'il participe rarement à des manifestations. Il veut devenir chercheur et tomberait plutôt dans la catégorie rat de bibliothèque. Mais une cause lui tient à coeur: l'environnement. C'est donc armé d'une pancarte où était écrit, en anglais, «Une planète, notre responsabilité» qu'il s'est rendu à Toronto le 25 juin. Il avait entendu parler d'un transport organisé en autocar pour se rendre dans la Ville reine, et il a sauté sur l'occasion.

Puis, comme 90 de ses compatriotes, il a été arrêté le dimanche matin dans un gymnase universitaire transformé en dortoir, détenu pendant plus de 60 heures dans des conditions pénibles et est maintenant accusé de complot pour commettre une infraction.

«Ce qui me choque, c'est qu'ils l'ont relâché sans lui remettre ses lunettes, ses souliers, son cellulaire, son portefeuille ni même ses clés», critique Bernard Gagnon. Après plusieurs heures de négociations avec les autorités torontoises, Kevin a pu récupérer certains de ses biens avant de prendre la route rapidement puisqu'il avait 24 heures pour quitter Toronto, selon ses conditions de libération.

Toute cette aventure, avec les frustrations qu'elle comporte, aura eu sur Kevin un effet imprévu. «Au lieu de me faire taire, ils sont en train de faire de moi un militant, contre mon gré», affirme l'étudiant.

«On est fiers d'avoir des jeunes qui sont engagés socialement, qui veulent dire leur opinion, qui veulent s'informer et qui veulent dénoncer le manque d'enjeux, comme les changements climatiques, conclut Christian Poisson. Notre société devrait encourager tout le monde, y compris la jeune génération, à exprimer son opinion.»