L'un des derniers détenus québécois arrêtés dans la foulée du sommet du G20 à Toronto a été libéré, lundi, après avoir séjourné plus de deux semaines dans une prison à sécurité maximale. Patrick Cadorette, organisateur pour le groupe Convergence des luttes anticapitalistes, devra toutefois se plier à des conditions sévères.

Daphné Cameron LA PRESSE

Le webmestre de 36 ans à l'Institut national de recherche scientifique fait face à de nombreuses accusations, dont complot dans le but de commettre un méfait et complot en vue de commettre des voies de fait sur des policiers.

Il a été libéré le même jour que le militant montréalais Jaggi Singh. Ils faisaient partie d'un groupe de 17 personnes toujours incarcérées à la suite du sommet du G20. Selon M. Cadorette, ils étaient les deux seuls Québécois. Les deux hommes auraient participé à l'organisation du transport et de l'hébergement des militants.

Pour obtenir sa liberté, la conjointe de M. Cadorette a dû verser une caution de 12 000$ en argent liquide. Cette dernière et une amie qui enseigne à l'université se sont également engagées à verser 35 000$ s'il viole ses conditions de libération.

Assigné à résidence

En attendant de retourner devant la justice, M. Cadorette est assigné à résidence et, lorsqu'il n'est pas au travail, doit se trouver en compagnie de sa conjointe ou de l'amie qui s'est portée garante de lui. Il ne peut utiliser un téléphone cellulaire ou l'internet autrement que pour son travail et n'a pas le droit d'organiser une manifestation politique ni d'y participer.

Rencontré à sa résidence du Plateau-Mont-Royal, hier après-midi, M. Cadorette a affirmé qu'il comptait contester cette dernière condition. «Ça fait plus de 10 ans que je travaille comme bénévole dans des groupes anticapitalistes ou antiguerre et au Centre des médias alternatifs du Québec.»

«On tente de criminaliser et de paralyser la dissidence. Je travaille, mais je dois faire de l'organisation communautaire et politique pour être fier de ce que je fais. Les gens qui pensent comme moi ont tendance à s'associer. Est-ce que ça fait de nous des conspirateurs?» a-t-il demandé. Selon le témoignage de M. Cadorette, il a été appréhendé une première fois par des policiers en civil le vendredi 25 juin. Comme il a refusé de s'identifier, les agents l'ont fouillé et ont noté son identité avant de le relâcher.

Le lendemain matin, il a été arrêté dès qu'il a mis le pied dehors. Il se dirigeait vers la manifestation principale. «On ne m'a pas lu mes droits», a-t-il précisé. M. Cadorette sera de retour devant le juge le 23 août.

La police de Toronto recherche par ailleurs des personnes qui auraient participé à la casse dans les rues de Toronto. Le corps policier a diffusé hier matin la photo des 10 «personnes les plus recherchées» des manifestations du G20 et demandé l'aide du public pour les retrouver.

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L'Iran fait la leçon au Canada

L'Iran a sermonné le Canada hier au sujet du traitement des manifestants par la police lors du sommet du G20 à Toronto, en juin. Cette salve diplomatique, qui apparaît comme une riposte aux critiques répétées du Canada à l'égard du bilan des droits de l'homme de l'Iran, n'a pas été bien reçue à Ottawa. Le Canada n'acceptera pas de recevoir de leçons d'un pays qui condamne ses citoyens à la lapidation, a affirmé hier une porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères. Le chargé d'affaires du Canada en Iran a reçu hier un appel de responsables du gouvernement iranien, qui lui ont rappelé l'engagement international du Canada à permettre les manifestations pacifiques, selon le site web du réseau d'information iranien Press TV.

La Presse Canadienne