Dès l'an prochain, le hockey collégial renaîtra de ses cendres au Québec. Une bonne nouvelle pour les parents qui réclament depuis longtemps une ligue qui se préoccuperait un peu moins de profits, et beaucoup plus de la réussite scolaire des joueurs. Une bonne nouvelle aussi pour Joé Juneau, qui a refusé des offres alléchantes pour privilégier ses études. Pour l'heure, l'ancien joueur du Canadien, diplômé en génie aéronautique, est l'exception. Il ne demande pas mieux que de devenir la règle.

Mis à jour le 21 févr. 2009
Isabelle Hachey LA PRESSE

Q La Fédération québécoise du sport étudiant a annoncé mercredi la renaissance du hockey collégial au Québec. Cette ligue qui fera la part belle aux études, vous la réclamiez depuis longtemps. D'ailleurs, n'avez-vous pas fait vos propres classes au sein de la défunte ligue collégiale AAA?

 

R À l'époque, bien des parents rêvaient de voir leurs jeunes dans la Ligue nationale. Encore aujourd'hui, bon nombre d'entre eux en rêvent et poussent leurs enfants pour qu'ils soient recrutés dans la LNH. Mais ma mère était enseignante; elle me disait que je ne devais pas consacrer toutes mes énergies au hockey. J'ai décidé de ne pas mettre tous mes oeufs dans le même panier. À cet âge-là, il peut arriver tellement de choses! Tu joues au hockey, c'est un sport physique, c'est dangereux. Une blessure à 18 ans peut faire en sorte que ta carrière tombe à l'eau. Je me disais: si ça arrive, je ne veux pas être sans éducation, je veux pouvoir me diriger vers autre chose et avoir une belle vie.

Q Pour vous, il n'était pas question d'évoluer au sein de la Ligue de hockey junior majeur du Québec?

R Non. À la fin de ma troisième année Midget AAA, j'ai bien averti les gens de la LHJMQ de ne pas gaspiller un choix de repêchage avec moi. La voie que j'avais choisie, c'était celle du collégial AAA, en espérant poursuivre mes études aux États-Unis. J'ai été clair, et pourtant, des équipes continuaient de m'appeler. Je me souviens d'un soir où j'étais enfermé dans ma chambre pour étudier un examen de physique. Un représentant du club des Olympiques de Hull m'a appelé pour me promettre une voiture et un bon salaire... il m'a même rappelé une deuxième fois en m'offrant davantage. C'était devenu vraiment ridicule.

Q Pourquoi la ligue collégiale AAA s'est-elle éteinte?

R Quand je suis parti étudier aux États-Unis, la ligue collégiale fonctionnait très bien. Le calibre de jeu était vraiment bon. Ce n'était plus une ligue de recyclage comme elle l'avait été au départ. Elle avait démarré avec des joueurs de 19 ans qui n'arrivaient pas à être recrutés dans le junior majeur et qui s'inscrivaient au hockey collégial faute d'avoir pu faire mieux. Mais vers la fin des années 80, la ligue recrutait l'élite, des jeunes du Midget AAA. Ce n'était plus une ligue de recyclage, mais une ligue qui, aux yeux de la LHJMQ, lui faisait de la compétition.

Q La ligue dérangeait la LHJMQ parce qu'elle lui faisait concurrence. C'est ce qui a causé sa perte. Cette fois, les responsables des deux ligues assurent qu'ils ne joueront pas dans les mêmes platebandes. Cela vous rassure-t-il?

R C'est un bon signal à envoyer, mais il va falloir que cela soit vrai. Il y a beaucoup de jeunes qui voudront s'inscrire au hockey collégial et on peut faire en sorte que la ligue se développe bien et assez rapidement. Dans les années 80, la ligue collégiale avait pratiquement atteint le niveau de la LHJMQ. Mais cette fois, il ne faut pas que le junior majeur voit la nouvelle ligue comme une concurrente. C'est une ligue parallèle. La LHJMQ, ce n'est pas pour tout le monde. Elle a une raison d'être, mais ne doit pas être la seule option pour les jeunes.

Q Il serait tout de même étonnant que les meilleurs joueurs se dirigent vers le hockey collégial, dont le principal bassin de recrutement sera le Midget AA. La voie royale pour faire carrière au sein de la Ligue nationale demeure-t-elle la LHJMQ?

R On ne peut pas s'attendre, dès le départ, à voir les meilleurs espoirs au hockey aboutir dans la ligue collégiale. Mais cela peut arriver très rapidement. Et il ne faut pas que les collèges se contentent de recruter au sein du Midget AA et du Midget Espoir. Il faut que ceux qui choisissent la ligue collégiale puissent espérer faire carrière dans la Ligue nationale un jour. À l'époque où je jouais dans le collégial AAA, il m'est arrivé une chose et j'ai peur qu'elle ne se répète aujourd'hui. Un recruteur des Nordiques de Québec était allé voir ma mère dans les gradins pendant une partie. Il lui avait dit: si votre enfant ne joue pas dans la LHJMQ, il ne sera pas repêché dans la Ligue nationale. Ma mère me l'avait répété, et je lui avais tout simplement répondu: tant pis.

Q Vous n'avez jamais eu de regrets?

R Aujourd'hui, à 41 ans, je peux dire que pour moi, jouer dans la ligue collégiale a été la bonne décision. Et sincèrement, cela a été la bonne décision pour la plupart de mes anciens coéquipiers qui ont choisi cette voie. Ce ne sont peut-être pas des gens qui ont fait la Ligue nationale, mais ce sont des gens qui ont tous de bons diplômes et de bonnes carrières. J'ai aussi d'anciens coéquipiers qui ont choisi la LHJMQ et qui se retrouvent souvent, aujourd'hui, sans même une cinquième secondaire. Leur vie n'est pas la même.

Q La nouvelle ligue collégiale ouvre-t-elle la voie à une ligue universitaire digne de ce nom?

R Oui. Pourquoi ne pourrait-on pas avoir d'aussi bons programmes universitaires au Québec qu'aux États-Unis? Pour le moment, les jeunes s'inscrivent à l'université après leur séjour dans le junior majeur, ils ont 18-19 ans et n'ont pas de diplôme collégial. En fait, ils s'inscrivent à l'éducation aux adultes. Mais si une ligue collégiale commence à donner de vrais diplômes, et non pas des diplômes Mickey Mouse, à la longue, on aura aussi de meilleurs programmes universitaires.

Q On a appris cette semaine que vous serez chef de mission adjoint aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010. Après trois années de travail auprès des jeunes Inuits du Grand Nord québécois, céderez-vous les rênes de votre programme de hockey au Nunavik?

R Absolument pas. C'est un honneur pour moi de retourner aux Olympiques, même si ce n'est pas pour jouer au hockey. Quand (l'ex-patineuse et chef de mission) Nathalie Lambert m'a contacté pour me demander d'être son adjoint, je me suis demandé si je le pouvais considérant le temps et l'énergie que je mets dans le programme au Nunavik. J'ai rencontré les leaders inuits pour avoir leur point de vue, et tous étaient très favorables. Certains ont même insisté pour que j'accepte, en disant que ça serait une belle vitrine pour le Nunavik. Mais je serai à Vancouver seulement pour les trois semaines des Jeux. Je n'abandonnerai pas le Nunavik pour aller aux Olympiques.

 

Joé Juneau

Natif de Pont-Rouge, Joé Juneau est diplômé en génie aéronautique du Rensselaer Polytechnic Institute, dans l'État de New York. Recruté à 23 ans par les Bruins de Boston, l'ex-attaquant a joué pour cinq autres équipes de la Ligue nationale, dont le Canadien de Montréal. Il a participé à deux finales de la Coupe Stanley et est médaillé d'argent des Jeux olympiques d'Albertville. En 2006, il a lancé un programme communautaire de hockey au Nunavik, une région dévastée par l'alcoolisme, la pauvreté et le suicide. Joé Juneau, 41 ans, habite désormais à Kuujjuaq avec sa femme et ses deux filles.