Le maire de Québec est connu pour n'avoir pas la langue dans sa poche. Quoi qu'il en soit, Régis Labeaume est parvenu à faire l'envie des Montréalais, cette semaine, en tournant tous les projecteurs de la campagne électorale vers sa ville. Non seulement le PLQ a promis des dizaines de millions pour rajeunir les équipements sportifs de la capitale, mais il s'est engagé à promouvoir sa candidature aux Jeux olympiques d'hiver.

Sara Champagne LA PRESSE

Régis Labeaume est maire depuis à peine un an et déjà il jouit d'une grande popularité. Quel est son secret? Est-ce que l'administration de Gérald Tremblay, actuellement dans la tourmente, a des leçons à tirer du maire de Québec? La Presse a eu l'occasion de s'entretenir avec le successeur d'Andrée Boucher.

 

Q J'aimerais vous proposer un petit jeu comme on l'a fait récemment avec le maire de Toronto, David Miller, lors de son passage à Montréal. Vous êtes soudainement le maire de Montréal et vous voulez que votre ville redevienne la métropole par excellence au pays. Qu'est-ce que vous faites?

R Je ne veux pas faire ça, et je vais vous expliquer pourquoi. Premièrement, j'ai beaucoup d'amitié pour Gérald Tremblay. Et Gérald et moi, on a décidé que la rivalité Québec-Montréal n'existerait plus.

Q Ça n'existe plus?

R Exact. Je vais vous dire, je trouve ça extrêmement malsain, cette affaire-là, et je l'ai dit à mes concitoyens. Pour moi, c'est du tribalisme improductif et inutile. Gérald pense comme moi, d'ailleurs. Et Gérald est très généreux à cet égard-là, vous savez. J'ai beaucoup d'estime pour ce gars-là. Et donc on se visite, on s'invite, et on ne veut plus de rivalité.

Q Ce que j'entends, c'est que ça frôle même l'amitié personnelle? Vous vous visitez?

R Gérald, vous savez, il est ben fin. Imaginez, pour le 400e, il disait à son monde d'aller à Québec. Faut le faire, quand même. Je n'ai jamais vu ça. Donc, moi, quand il a été question du sauvetage de la Formule 1, je lui ai dit: «Écoute, si tu veux un coup de main, je vais y aller. Tu n'as qu'à m'appeler!» Parce que oui, le Grand Prix est important pour tout le Québec. C'est important pour Québec, ce qui se passe à Montréal. Vous savez, j'ai vu Gérald deux, trois jours après l'émeute de Montréal-Nord. Et j'ai dit: «Je ne sais pas trop quoi te dire, Gérald, je ne sais pas comment t'aider, mais si tu veux que je saute dans mes jeans pour qu'on aille les voir dans la rue, je vais y aller!» Il m'a dit: «Tu es ben fin, Régis, laisse-moi digérer ça un peu.» Vous savez, il faut que la ville de Montréal aille bien, qu'elle soit en santé. C'est très important. Nous, on est la capitale, et on a un rôle à jouer. Mais Montréal, c'est la moitié du Québec pour la population. Et franchement, je n'aimerais pas être à la place du maire Tremblay à cause de la structure. Ce n'est pas facile à gérer à cause de la difficulté de décider.

Q Parlons maintenant de votre ville, monsieur le maire. Il fallait le faire, quand même, non? On parle maintenant des Jeux olympiques. Comment avez-vous réussi à obtenir autant d'attention de la part du premier ministre, autant d'engagements financiers? Quel est votre secret?

R Tout d'abord, moi, j'avais dit avant d'être élu que l'objectif était de jouer correctement et finement le poids politique de la ville, donc never cross the fine line, comme disent les Anglais. Maintenant, il n'y a pas de doute que la dynamique a changé, ici. On est ambitieux. Je ne veux pas être vaniteux, mais je suis arrivé en même temps que le 400e de Québec. J'appelle ça «l'effet 2008». On a eu du succès cette année et les gens de Québec sont devenus plus ambitieux que dans le passé. Ils ont un maire pas mal ambitieux aussi, qui a le goût de faire des choses parce qu'il pense que tout est permis, ici. Donc, quand on le dit, quand on le pense et qu'on agit en conséquence, inévitablement, au gouvernement du Québec, ça paraît. Et ça donne un environnement où les politiciens sont en symbiose avec l'état d'esprit d'ici et les ambitions de la mairie.

Q Si j'ai bien compris, M. Labeaume, ce que vous dites, c'est que vous êtes sur la même lancée que le maire Jean Drapeau à son époque. À son instar, vous faites rêver vos citoyens pour les rassembler autour d'un projet?

R Oui. Moi, ce que j'ai dit aux gens en arrivant comme maire, c'est tout d'abord de recommencer à apprécier leur ville, de regarder comme elle est belle. Parce que c'est important de préciser ces choses-là. Soyez fiers. Moi, je suis fier. J'aime cette ville-là. Arrêtez-vous, regardez son allure, et ensuite - parce que ça n'allait pas toujours bien au 400e, comme on le sait - j'ai dit: «Commencez à y croire. On travaille fort et croyez-y! Parce que si vous n'y croyez pas, ce sera compliqué d'en faire un succès.» La population et moi, on s'est donc communiqué de l'enthousiasme. Ça donne l'effet 2008. Et des projets qui auraient été impensables il y a deux ans.

Q Les élections municipales sont dans un an. En politique, c'est court, une année. Est-ce que vous êtes déjà en campagne électorale? Est-ce que votre budget 2009 sera préélectoral?

R Je viens juste d'arriver en plus de ça. Imaginez. Mais je vais vous avouer que je n'ai pas le temps de penser aux prochaines élections. Je fais comme je pense, pour le mieux. Je me pose la question une fois par semaine à savoir si je fais les choses pour les bonnes raisons, par conviction, ou si je ne suis pas en train de faire un power trip. Les gens votent sur des sentiments, pas sur des paroles. Alors les citoyens feront bien ce qu'ils voudront le jour du vote. Comme en ce moment, malgré un puissant lobby, on vient de décider d'enlever les grands panneaux publicitaires le long des routes. C'est fini. Le monde vire fou ici avec cette affaire-là. Mais je pense que c'est bon pour la ville de Québec. Vous savez, on dépense des millions pour l'embellir.

Le parcours de régis labeaume

Homme d'affaires et sociologue de formation universitaire, Régis Labeaume a fait le saut en politique en décembre 2007, lorsqu'il a été élu maire de Québec. Avant son élection, il dirigeait la Fondation de l'entrepreneurship, organisme de promotion de la culture entrepreneuriale au Québec. Il était aussi copropriétaire de Réadaptation Québec, qui emploie 60 personnes. Très engagé dans le monde social et culturel de Québec, il a fait partie d'une foule d'organismes, dont le Festival d'été de Québec, dont il a été président de 2003 à 2004. Il est âgé de 52 ans, marié, père de trois enfants.