C'est une enquête de La Presse qui a fait éclater l'affaire BCIA, au printemps 2010. Nos articles ont dévoilé que l'agence de sécurité avait des pratiques d'affaires douteuses et des entrées politiques inquiétantes.

Mis à jour le 26 juin 2012
Francis Vailles LA PRESSE

Aujourd'hui, la Sûreté du Québec (SQ) affirme que le patron de BCIA, Luigi Coretti, a maquillé les états financiers de l'entreprise entre 2005 et 2010 en dopant les comptes clients. Cette manoeuvre a permis à Coretti de présenter l'entreprise sous un jour plus favorable pour obtenir du financement. Parmi les financiers de l'entreprise, mentionnons le Mouvement Desjardins, Investissement Québec et deux Fonds d'intervention économique régionaux (FIER).

En avril 2010, ces institutions avaient été consternées de constater le déclin rapide de BCIA et son recours à la Loi sur la faillite. Au total, elles ont perdu environ 15 millions de dollars (prêts et capital-actions).

La situation précaire de BCIA a eu de retentissants échos, parce que l'entreprise surveillait les locaux de plusieurs institutions publiques, comme le quartier général de la police de Montréal, la Société d'assurance automobile du Québec et l'Agence métropolitaine de transport. L'enquête de La Presse avait permis de mettre au jour plusieurs faits troublants concernant cette firme de 1000 employés (800 au Québec).

Zampino, Delorme, Dupuis...

D'abord, BCIA avait obtenu la responsabilité de surveiller le quartier général de la police de Montréal sans contrat. Le chef de police était alors Yvan Delorme. À l'époque, le numéro 2 de la Ville, Frank Zampino, faisait surveiller sa maison gratuitement par BCIA, avait révélé La Presse, un cadeau estimé à 60 000$ sur quatre ans.

Grâce à ses liens avec l'ex-ministre Tony Tomassi, Luigi Coretti avait également fait pression auprès du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, afin d'obtenir un permis de port d'arme à feu. Le permis avait finalement été accordé, fait sans précédent.

En 2010, plusieurs anciens employés de BCIA avaient affirmé à La Presse que les odomètres des voitures de patrouille de l'entreprise étaient trafiqués. Le kilométrage des véhicules étaient reculés pour préparer la vente des voitures à meilleur prix ou pour faire réparer les véhicules gratuitement par le fabricant en vertu de la garantie. Le recul des odomètres est un geste criminel.

Autre fait particulier: Coretti se servait des cadres de BCIA pour financer le Parti libéral du Québec (PLQ) et le parti du maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Enfin, La Presse avait également révélé que Desjardins et Investissement Québec avaient investi dans BCIA sur la base d'états financiers qui n'avaient pas été vérifiés en bonne et due forme par une firme comptable externe. Une telle pratique est jugée imprudente dans le milieu financier.

Après la publication des articles, pour des raisons parfois imprécises, trois décideurs ont quitté leurs fonctions, soit le chef de la police de Montréal, Yvan Delorme, le ministre de la Famille, Tony Tomassi, et le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis. Un membre du comité de direction du PLQ a également été remercié.

L'enquête de La Presse a été primée aux concours québécois et canadiens de journalisme.