Même si la mort du boxeur Arturo Gatti est la clé de voûte du procès civil qui a lieu actuellement à Montréal, sa veuve, Amanda Rodrigues, pourrait garder le silence sur les circonstances de ce drame survenu le 11 juillet 2009 au Brésil.

Christiane Desjardins LA PRESSE

En fin d'après-midi, hier, au moment où Me Carmine Mercadante, avocat de la famille Gatti, a voulu questionner Amanda Rodrigues sur ce qui s'était passé cette nuit-là dans l'appartement de Porto de Galinhas, Me Pierre-Hugues Fortin, avocat de la veuve, s'y est opposé avec véhémence. Il a fait valoir que les demandeurs n'avaient jamais soutenu, dans leur poursuite, que Mme Rodrigues avait causé des sévices à son mari. Ils lui reprochent plutôt un «comportement hautement répréhensible». Or, selon Me Fortin, cela ne permet pas à Me Mercandante de poser des questions sur les circonstances de la mort d'Arturo Gatti. De plus, comme Mme Rodrigues fait l'objet d'une autre poursuite, intentée au New Jersey, qui cherche à la faire déclarer responsable civilement de la mort de son mari, il craint que les réponses de la veuve puissent être utilisées contre elle si un procès devait se tenir aux États-Unis.

L'avocat de la famille Gatti pense au contraire qu'il peut poser des questions sur ce qui s'est passé dans l'appartement puisque Mme Rodrigues a elle-même parlé de la découverte du corps de son mari dans son témoignage. Mme Rodrigues a-t-elle eu un comportement répréhensible cette nuit-là? Pourquoi faudrait-il passer sous silence cet épisode, et non les autres? a fait valoir Me Mercadante. La juge Claudine Roy a mis la question en délibéré et rendra sa décision ce matin.

Des pierres et un vélo

Un peu plus tôt, hier, Me Fortin s'était aussi opposé à ce que la veuve raconte la querelle qu'elle a eue avec son mari au cours d'une sortie au centre-ville de Porto de Galinhas, quelques heures avant la mort du boxeur. La juge a cependant autorisé Me Mercandante à poser ses questions.

Mme Rodrigues a raconté que vers 20 h, le 10 juillet 2009, Arturo Gatti et elle sont allés souper au restaurant avec leur fils, alors âgé de 10 mois. Ils ont commandé deux bouteilles de vin, mais ils ne les ont pas bues au complet. En sortant du restaurant, Arturo s'est arrêté dans une discothèque extérieure et a commandé une bière. Mme Rodrigues voulait rentrer, elle était fatiguée. Ils se sont querellés, Arturo l'a poussée, elle est tombée et s'est fait mal à un bras, a-t-elle relaté. Fâchée, elle est partie et a marché vers un hôtel pour demander de l'aide afin de rentrer. Elle n'avait pas d'argent, pas de téléphone, rien. Pendant ce temps, Arturo aurait été pris à partie par un homme qui lui reprochait son attitude envers Mme Rodrigues. L'ex-boxeur lui aurait dit de se mêler de ses affaires, et une bagarre aurait éclaté. Plusieurs personnes seraient venues prêter main-forte à l'homme et auraient lancé des pierres et même un vélo en direction d'Arturo. Ce dernier aurait fini par quitter les lieux en taxi avec son fils, tandis que sa femme se trouvait dans un autre taxi. Les deux chauffeurs de taxi se sont parlé, et le couple se serait retrouvé.

On ignore ce qui s'est passé par la suite, mais Amanda Rodrigues soutient qu'elle a trouvé son mari le lendemain matin, sur le plancher de la cuisine. Il était mort. Les autorités brésiliennes, qui l'ont d'abord soupçonnée de meurtre, l'ont détenue pendant plus de deux semaines avant de la relâcher. Elles ont finalement conclu qu'Arturo Gatti s'était pendu.

Dans le procès qui se déroule en Cour supérieure, Ida et Fabrizio Gatti, de même que Sofia, fille que le défunt a eue d'une union précédente, veulent faire déclarer Mme Rodrigues indigne de succéder à son mari pour cause de captation.

Alors que la famille d'Arturo Gatti refuse de croire à l'hypothèse du suicide, le premier gérant de l'ancien boxeur propose un tout autre son de cloche. Mario Costa affirme que Gatti souffrait de problèmes de consommation d'alcool, de cocaïne et d'antidouleurs. Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, il ajoute que l'ancien boxeur souffrait de dépression et qu'il avait besoin d'aide professionnelle. «Il voulait mourir, il voulait sortir d'ici, il était fatigué, il voulait s'en aller et être avec son père, c'est comme ça qu'il me l'a toujours dit», raconte-t-il. Selon M. Costa, Gatti se serait présenté dans son bar en 2004. Il demandait un fusil pour mettre fin à ses jours. Les enquêteurs du New Jersey qui soutiennent la thèse du meurtre et qui ont été embauchés par le clan Gatti n'ont jamais interrogé M. Costa.