Plusieurs milliers de propriétaires de bars, de DJ et d’amoureux de la vie nocturne ont manifesté à Montréal, samedi après-midi, pour réclamer l’ouverture des pistes de danse dans la métropole. Toutefois, ce serait « jouer avec le feu » que de permettre un tel assouplissement, estiment des experts.

Mis à jour le 23 oct. 2021
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Au son de la musique électronique, les manifestants se sont regroupés au pied du monument à sir George-Étienne Cartier, au parc du Mont-Royal, avant de défiler dans les rues de la métropole. Beaucoup portaient costumes et paillettes et brandissaient des pancartes où l’on pouvait lire Open dance floors (« ouvrez les pistes de danse »).

La Coalition pour la danse sociale, à l’origine du rassemblement, presse Québec de permettre aux boîtes de nuit d’accueillir à nouveau les fêtards qui dansent jusqu’au petit matin.

Andrew Pololos, DJ et propriétaire du club Espace, déplore que les pistes de danse soient accessibles à Toronto et non à Montréal. « C’est le temps pour le gouvernement d’assouplir les mesures », lance-t-il.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Vito V, animateur et DJ, est du même avis. « L’industrie du tourisme, les clubs et les DJ, on a vraiment mangé une volée. On dirait que le gouvernement fait des ajustements pour tout le monde, sauf nous », dit-il, soulignant que son industrie a suivi les règles sanitaires tout au long de la pandémie.

« Montréal est réputée pour être une ville où il y a beaucoup de fêtes, pour [sa] nightlife. Là, il n’y a pas grand-chose à faire », lance Sarah Langot, derrière ses lunettes de soleil noires. « Avec l’hiver qui va arriver, on a besoin de chaleur humaine, on a besoin de danser entre nous, on a besoin de vivre », renchérit-elle.

« Pour certaines personnes, sortir la nuit, c’est quasiment une échappatoire à leur vie personnelle. Tu as besoin d’extérioriser quelque chose. Souvent, c’est par la danse, par la musique », raconte quant à lui Yannick, manifestant qui a souhaité taire son nom de famille.

« Pas de logique »

Zach Macklovitch est l’un des propriétaires du club École Privée et du bar Apartment 200. Il estime que ses bars devraient pouvoir accueillir les clients normalement depuis l’instauration du passeport vaccinal.

Le propriétaire du restaurant-club Soubois, Ali Ma, estime que les règlements en place sont difficiles à appliquer auprès de ses clients.

On dit au monde de boire, mais de ne pas danser ; il n’y a pas de logique dans les règles. Le Centre Bell peut être bondé avec le monde qui danse, et nous, on doit être assis.

Ali Ma, propriétaire du restaurant-club Soubois

Selon les informations obtenues par La Presse, les boîtes de nuit et les bars pourraient être admissibles au prolongement ciblé du programme de soutien aux entreprises du gouvernement fédéral, annoncé jeudi.

Lisez l’article « Ottawa injecte 7,4 milliards pour des mesures plus ciblées »

« Les organisations dans le secteur du tourisme et de l’accueil, [dont] les bars, pourraient se [prévaloir du] Programme de relance pour le tourisme et l’accueil si elles satisfont [aux] critères d’admissibilité. Les critères d’admissibilité pour ce programme seraient en grande partie [comparables] à ceux des programmes existants de subvention salariale et de subvention pour le loyer », a indiqué par courriel le porte-parole du ministère des Finances Kevin Maillet.

Une forte présence policière s’est fait sentir lors de la manifestation. Aucun débordement n’a toutefois été recensé par le Service de police de la Ville de Montréal.

« Jouer avec le feu », selon des experts

Selon André Veillette, professeur de médecine et directeur de l’unité de recherche en oncologie moléculaire de l’Institut de recherches cliniques de Montréal, rouvrir les pistes de danse serait « jouer avec le feu », au moment où le Québec rapporte de 400 à 500 cas de COVID-19 par jour.

Dans les boîtes de nuit, « les gens sont proches les uns des autres, la musique est forte, il faut qu’ils crient, donc il y a beaucoup d’aérosols. C’est un exercice physique quand même important, donc il y a beaucoup de respirations à la minute », explique M. Veillette. Il doute également que la distanciation physique d’un mètre soit respectée dans ces lieux, alors que les gens y consomment de l’alcool.

Le professeur ajoute qu’il est possible de contracter la COVID-19 et de la transmettre même si on est adéquatement vacciné. L’efficacité du vaccin diminue avec le temps, et une troisième dose sera probablement nécessaire pour une « bonne partie de la population », évoque M. Veillette.

Médecin-conseil à la Direction de santé publique et à l’Institut national de santé publique du Québec, la Dre Maryse Guay croit également qu’ouvrir les pistes de danse serait « téméraire ». Le variant Delta, plus contagieux, est à l’origine de la majorité des cas recensés dans la province.

« Il y a encore des éclosions dans les écoles », dit-elle, rappelant que la fête de l’Halloween pourrait aussi être propice à la propagation du virus.

Le système de santé « est encore fragile, les gens sont fatigués, les professionnels de la santé sont fatigués », ajoute-t-elle. « Je pense qu’il faut vraiment être encore très prudents », conclut la Dre Guay.

Avec Léa Carrier, La Presse