Vous avez des questions sur la COVID-19 et la vaccination ? Chaque semaine, des journalistes de La Presse répondent directement à vos interrogations.

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Plusieurs variants circulent aujourd’hui dans le monde. Les vaccins sont-ils toujours efficaces ?

Oui, mais selon les variants, la protection varie en fonction du fabricant et du nombre de doses. Au Québec, en ce moment, 91 % des cas de COVID-19 sont l’œuvre d’un variant de la souche originale de Wuhan. Voici ceux qui sont classés comme « préoccupants » :

Variant Alpha (B.1.1.7) : ce variant apparu d’abord au Royaume-Uni, 50 % plus transmissible que la souche originale, est le plus commun actuellement au Québec, et de loin, avec 87 % des cas de variants identifiés. Tous les vaccins sont efficaces à environ 50 % dès la première dose pour contrer les symptômes de la maladie, et à plus de 66 % (AstraZeneca) et 93 % (Pfizer) après la seconde dose.

Variant Gamma (P.1) : en deuxième place au Québec, mais bien loin derrière le variant Alpha, ce variant d’abord apparu au Brésil représente 6 % des cas de COVID-19. Au Canada, c’est en Colombie-Britannique que le Gamma a été le plus souvent identifié. Les vaccins combattent efficacement ce variant.

Variant Bêta (B 1351) : identifié en Afrique du Sud, il est également à la source d’une éclosion en Abitibi ce printemps, où 177 cas ont été identifiés depuis mars. Mais depuis ce temps, il a été supplanté par l’Alpha, plus transmissible. Ça tombe bien, puisque les vaccins sont moins performants contre ce variant. Les vaccins à ARNm restent efficaces, mais le vaccin AstraZeneca, beaucoup moins. En Afrique du Sud comme en Abitibi, l’AstraZeneca n’a pas été administré à la population pour mieux étouffer la propagation de ce variant.

Variant Delta (B.1.617) : c’est celui vers lequel les yeux sont tournés ces jours-ci. Après avoir sévi en Inde, le Delta a forcé lundi les Britanniques à repousser leur date de déconfinement total en raison de sa prédominance dans les nouvelles infections. Pour l’instant, le variant est très peu présent au Québec – à peine 0,45 % des variants identifiés à ce jour. Bonne nouvelle : les vaccins sont efficaces, mais avec deux doses. Lundi, des résultats d’une étude britannique ont montré que les vaccins Pfizer et AstraZeneca étaient efficaces à plus de 90 % (soit 96 % pour Pfizer et 92 % pour AstraZeneca) pour prévenir les hospitalisations après les deux doses. La majorité des infections au variant Delta en Grande-Bretagne touchent des personnes insuffisamment vaccinées (une seule dose) ou non vaccinées.

Combien de temps faut-il attendre avant la seconde dose ?

L’intervalle fixé par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) est passé de 16 à 8 semaines. Les études récentes ont démontré que les vaccins contre la COVID-19 sont plus efficaces lorsque l’intervalle est allongé, parfois même jusqu’à 12 semaines, pour laisser le temps au système immunitaire de bâtir une défense efficace avant de le stimuler une deuxième fois.

J’ai reçu le vaccin AstraZeneca (ou Covishield) en première dose. Que dois-je choisir pour la deuxième dose ?

À vous de voir.

Pour le DDonald Vinh, infectiologue-microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill, la recommandation générale de recevoir sa seconde dose dès qu’elle est accessible tient toujours. « Le variant Bêta n’est pas prépondérant au Québec », note-t-il en référence à la relative faiblesse du vaccin AstraZeneca contre ce variant. « On sait que lors des études in vitro, ce vaccin semble moins efficace contre le variant Bêta que les deux autres », ajoute-t-il, insistant sur le fait qu’entre les observations « in vitro » et ce qui se passe sur le terrain, bien d’autres éléments entrent en jeu. « Est-ce que ça se traduit, dans le monde réel, par une protection moins bonne ? Par plus de décès ? On n’a pas assez de données pour le savoir. »

La deuxième dose d’AstraZeneca cause généralement moins d’effets secondaires temporaires que la première, un élément qui compte pour de nombreux vaccinés. Le risque de caillot sanguin est aussi beaucoup moins élevé à la deuxième dose d’AstraZeneca. Les plus récentes données évaluent le risque à 1 cas par 600 000 deuxièmes doses administrées (contre 1 cas par 60 000 premières doses administrées).

Mais il est désormais possible de changer de vaccin pour la deuxième dose et de recevoir un vaccin à ARNm. Selon les premières études sur le sujet, la combinaison offre une protection aussi efficace, mais cette deuxième dose de vaccin ARNm cause aussi plus souvent des effets secondaires temporaires. Si la moitié (50 %) des participants qui ont reçu deux fois le vaccin AstraZeneca ont dit avoir souffert de fatigue à la deuxième dose, la proportion était de 68 % chez ceux qui ont pris AstraZeneca, puis Pfizer.

Face aux variants, une combinaison AstraZeneca et vaccin ARNm serait-elle plus efficace ?

C’est la grande question, mais pour laquelle on n’a pas encore les données scientifiques permettant d’y répondre avec certitude.

Pour certaines maladies, une interchangeabilité entre vaccins de différentes technologies s’est avérée fructueuse. Est-ce que ce sera le cas pour la COVID-19 ? Tous les yeux sont tournés vers l’étude Com-Cov au Royaume-Uni, dont les résultats sont attendus ce mois-ci.

Chose certaine, si le DVinh ne croit pas que la décision de choisir un vaccin doit se faire en fonction d’un variant en particulier, il estime que, compte tenu de ce qu’on connaît du fonctionnement du système immunitaire, cette interchangeabilité devrait être « encouragée » dans la mesure où les vaccins sont accessibles.

À noter que si les études européennes ont comparé jusqu’ici la combinaison d’AstraZeneca et du vaccin à ARNm de Pfizer, le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) estime qu’une combinaison AstraZeneca et Moderna est également valide. « Les vaccins de Pfizer et de Moderna utilisent la même technologie et ont des caractéristiques très similaires », rappelle le DNicholas Brousseau, président du CIQ. En Europe, rappelle-t-il, le vaccin Pfizer est davantage distribué que le vaccin Moderna, ce qui explique sa surreprésentation dans les études outre-Atlantique.

Consultez tous nos articles de la rubrique Vos questions, nos réponses