Je ne comprends pas. Qu’est-ce qui s’est passé entre mardi à 13 h et hier, mercredi, à 17 h ?

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

Mardi, Horacio Arruda, directeur national de santé publique, en entrevue avec Tommy Chouinard, de La Presse1 : « On ne va pas serrer la vis, on peut monter jusqu’à 2000 cas par jour, il ne faut pas paniquer… »

Au point de presse de 13 h, ce même mardi, même refrain du trio Santé : pas question de serrer la vis dans les régions passées du rouge à l’orange, malgré une hausse des cas, malgré des appels du pied du Collège des médecins, de l’Ordre des infirmières et d’experts en santé publique affiliés à des universités.

Nous sommes donc allés au lit, mardi soir, avec cette certitude : même dans les régions où les cas montent, le gouvernement n’allait pas donner un tour de vis.

Puis, hier, mercredi, même pas 24 heures après le rassurant point de presse de mardi, boum, nous apprenions en matinée que le trio Santé convoquait un point de presse (inattendu) pour 17 h, ce jour-là ! Ça sentait la volte-face.

Et à 17 h, hier, le trio Santé a en effet pris acte de ce que le PM Legault a qualifié d’explosion des cas à Québec, à Lévis et à Gatineau. D’où le retour au rouge pour l’Outaouais, Québec, Chaudière-Appalaches et le Bas-Saint-Laurent : volte-face sur le discours de la veille.

Qu’est-ce qui a changé en 28 heures pour que le message du gouvernement change du tout au tout ?

Les statistiques, depuis quelques jours, étaient déjà inquiétantes. La tendance à la hausse existait déjà, lundi, quand Horacio Arruda faisait des entrevues pour dire que, non, le gouvernement n’allait pas serrer la vis…

Je ne comprends pas.

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Je sais que le gouvernement est dans une position difficile, que la gestion de la pandémie est un défi gigantesque pour le trio Santé. Je sais que la situation change rapidement et qu’elle nécessite des ajustements. Je comprends cela. Je l’ai écrit il y a deux semaines : si les zones récemment passées à l’orange subissent une hausse des cas, eh bien, on les fera repasser au rouge.

Mais je ne peux pas m’empêcher de noter une tendance à la pensée magique chez François Legault. Le 23 mars, il disait que le Québec résistait à la troisième vague. Il y avait des nuances, qui n’ont pas fait la manchette. Mais quand même : avec les variants, absolument rien ne justifiait le moindre optimisme, même avec des bémols.

Autre exemple de pensée magique : le 10 avril 2020, quand le PM avait lancé, après à peine un mois de mise sur pause du Québec, que « les beaux jours s’en viennent »… Ce qui n’était évidemment pas du tout sur l’horizon immédiat.

J’ajoute un troisième exemple de pensée magique : le 20 novembre dernier, le PM avait émis le souhait que des rassemblements soient permis pour Noël, avec plein de « si » engageant la discipline des Québécois, « parce que la famille est au cœur de ce que nous sommes, au cœur de notre nation… ».

Début décembre, l’idée de tenir des rassemblements de Noël était pulvérisée par la réalité d’une moyenne d’infections quotidiennes à 1500 cas.

C’est comme si François Legault insistait constamment pour donner de l’espoir aux Québécois, même aux heures les plus sombres, au mépris des faits et de la réalité.

Même si François Legault se déguise en Youppi ! et chante toute la journée le best of des chansons de La Compagnie créole pour mettre un peu de soleil dans nos cœurs, le virus s’en contrefout.

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Ce qui me sidère dans le penchant de François Legault pour la pensée magique, c’est qu’il aurait les moyens d’être brutalement honnête et direct.

Le PM jouit d’un immense capital de confiance des Québécois. Nos concitoyens savent qu’il gère la crise la plus complexe de l’histoire récente du Québec. Ils donnent du lousse à leur PM, malgré l’écœurement, malgré la fatigue, malgré le goût de retrouver les beaux jours.

Le leadership, ces jours-ci, ce n’est pas de nous dire ce que les plus impatients d’entre nous souhaiteraient entendre. C’est de nous dire les choses crûment, sans enrober les mots dans la lavande de l’espoir. Le PM a le capital pour afficher ce genre de leadership.

Je termine sur la cohérence des messages : dire le mardi qu’il ne faut pas paniquer et, le mercredi, faire volte-face sur ce qu’on promettait de ne pas faire la veille, ça ressemble au mieux à de l’incohérence, au pire à de la… panique.

1. (Re)lisez l’article « Québec ne resserrera pas la vis »