(Ottawa) La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) fait son mea culpa. Si elle convient que son avis a pu exacerber chez certains des doutes préexistants face à la vaccination, elle se défend d’avoir voulu décourager les fidèles de se faire vacciner.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

L’organisation y est allée d'une mise au point sur son site web, jeudi, afin de clarifier certains éléments contenus dans une lettre où l’on recommandait aux fidèles d’opter pour les vaccins de Pfizer et de Moderna parce que ceux-ci seraient plus acceptables sur le plan éthique, n’étant pas issus de « lignées cellulaires dérivées de l’avortement ».

« Les catholiques sont invités à se faire vacciner, conformément aux exigences de leur conscience [...] Puisqu’il n’y a actuellement aucun choix de vaccin offert, les catholiques peuvent, en toute bonne conscience, recevoir tout vaccin disponible et offert », lit-on dans cette clarification.

L’auteur du texte, Mgr Noël Simard, a assuré en entrevue avec La Presse que la note datée du 9 mars a été « mal interprétée » : dans les faits, son objectif était d’« encourager les gens à aller se faire vacciner », ce que la Conférence considère comme un « acte de charité ».

« La prise de parole servait à répondre aux catholiques qui se demandaient s’il était moralement acceptable de recevoir des vaccins dont le développement a comporté l’utilisation de lignées cellulaires dérivées de l’avortement », a-t-il argué.

La réponse était oui.

Mais un peu non, aussi.

C’est qu’il est écrit noir sur blanc qu’il y a bien un dilemme éthique : « si l’on a le choix entre différents vaccins, il faut toujours préférer et choisir le vaccin le moins lié à des lignées cellulaires dérivées de l’avortement, lorsque c’est possible », lit-on dans l’avis.

Nulle part il n’est précisé que les cellules en question ont été prélevées sur un fœtus avorté en 1973 et qu’il n’en reste aucune trace, selon ce qu’ont confirmé les sociétés pharmaceutiques et des scientifiques.

Le mot « avortement », lui, apparaît six fois.

Il ne faut toutefois pas interpréter cela comme une négation des preuves scientifiques, a insisté Mgr  Simard à l’autre bout du fil : « On n’est pas contre la science ! Bravo à la science, qui a développé des vaccins en un temps record ! »

Après avoir initialement refusé de commenter le document, mercredi, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec s'en est finalement « dissocié ». Des écclésiastiques d'une multitude de diocèses québécois ont accordé des entrevues médiatiques ou publié des communiqués pour le désavouer, jeudi.

Du sable dans l’engrenage

La sortie de la CECC a aussi été fort mal accueillie par la classe politique et le milieu de la santé. Elle a également entraîné au moins une intervention de la part de Pierre-Alexandre Richard, intervenant en soins spirituels, qui a dû rassurer l’un de ses patients âgés.

C’était quelqu’un qui avait déjà des réticences par rapport au vaccin, mais là, c’est venu accentuer ses craintes. C’était quelqu’un de croyant, donc là, puisque les évêques avaient dit ça, qu’ils avaient nommé l’avortement là-dedans, la personne se posait des questions.

Pierre-Alexandre Richard, intervenant en soins spirituels, en entrevue avec La Presse

« Je savais que ça allait créer plus de confusion. Surtout qu’avec la façon dont c’était formulé, on plaçait le dilemme sur les épaules des patients », s’est désolé M. Richard, selon qui cette prise de position est venue « mettre une poignée de sable dans un engrenage [la campagne de vaccination] qui a besoin de fonctionner ».

Les sociétés AstraZeneca et Johnson & Johnson ont vite remis les pendules à l’heure, mercredi.

« Les lignées cellulaires sont cultivées en laboratoire, générant des copies à partir des cellules d’origine, et ne sont pas des tissus fœtaux », a écrit la première.

« Notre vaccin ne contient aucun tissu fœtal », a tranché la seconde.