(Ottawa) Alors qu’Ottawa annonce l’ajout de 20 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNTech à son panier d’immunisation, un comité recommande d’administrer les deux doses de ce vaccin et de celui de Moderna à six semaines d’intervalle au maximum. Des vaccins, « amenez-en », réagit-on à Québec.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Avec cette nouvelle, on se rapproche encore plus de notre objectif, qui est d’offrir des vaccins à tous les Canadiens d’ici l’automne [fin septembre] », s’est réjoui Justin Trudeau en conférence de presse à Rideau Cottage, mardi, en annonçant qu’Ottawa exerçait son option d’achat prévue au contrat.

Ces millions de doses du vaccin devraient être expédiés en avril ou en mai. Leur arrivage ne modifie pas l’échéancier à moyen terme, qui demeure de faire vacciner environ trois millions de personnes d’ici la fin du mois de mars, a indiqué le premier ministre.

Dans l’intervalle, à compter de cette semaine et d’ici la fin du mois de février, le Québec doit recevoir 398 025 doses du vaccin de Pfizer-BioNTech et 133 200 de celui produit par Moderna, selon les projections du fédéral.

Ensuite, au milieu du printemps, la cadence s’accélérera significativement : le Canada aura alors entre les mains suffisamment de doses de ceux deux vaccins – les seuls approuvés jusqu’à présent – pour vacciner jusqu’à 20 millions de personnes entre avril et juin, a soutenu Justin Trudeau.

Et à plus long terme, les ententes d’approvisionnement avec les deux pharmaceutiques se traduiront à elles seules par un accès à quelque 80 millions de doses pour 2021. À raison de deux doses par vaccin, c’est donc dire que 40 millions de personnes – le Canada compte 38 millions d’habitants – pourraient être immunisées.

Il revient à chaque province et territoire de déterminer sa stratégie de vaccination.

C’est ainsi que le Québec a changé la sienne le 31 décembre dernier en annonçant qu’on ne conserverait plus en réserve les deuxièmes doses du vaccin reçues, ou sur le point d’arriver, en vertu d’un avis des autorités sanitaires québécoises.

Or, cette approche a soulevé des questions sur le plan de l’immunisation, considérant que Pfizer-BioNTech suggère de donner son vaccin à trois semaines d’intervalle, et que Moderna suggère de laisser passer quatre semaines entre chaque dose du sien.

Six semaines avant une deuxième dose

Dans un rapport du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) publié mardi soir, on formule la recommandation que la seconde dose de ces deux vaccins ayant jusqu’à présent obtenu le feu vert de Santé Canada soit injectée au plus six semaines après la première, vu l’ampleur de la pandémie et la disponibilité limitée des vaccins.

« Certaines provinces et certains territoires peuvent maximiser le nombre de personnes bénéficiant d’une première dose de vaccin en retardant l’administration de la deuxième dose jusqu’à ce que d’autres approvisionnements en vaccins soient disponibles, de préférence sans dépasser les 42 jours après l’administration de la première dose », lit-on dans le document.

Ce faisant, le CCNI se range derrière l’avis actuel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) plutôt que de suivre l’exemple du Royaume-Uni, où les autorités de santé publique ont déterminé que la deuxième dose pouvait attendre jusqu’à trois mois.

Le gouvernement Legault souhaite se pencher sur ces nouvelles informations avant de statuer et fera part de sa décision sous peu, a-t-on signalé au cabinet du ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, dans un courriel transmis à La Presse, mardi.

« La Santé publique continue d’avoir des échanges avec les instances scientifiques concernées afin d’évaluer le meilleur délai pour offrir la deuxième dose aux Québécois. La décision de la Santé publique sera communiquée rapidement », a écrit l’attachée de presse du ministre, Marjaurie Côté-Boileau.

« Précisons que le directeur de la vaccination, Daniel Paré, se dit prêt pour administrer plus rapidement que prévu la deuxième dose, si telle était l’option retenue par la Santé publique. Le principe demeure le même : plus nous recevons de doses, plus nous vaccinons », a-t-elle ajouté.

La Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine, insiste sur le fait que rien n’oblige Québec à embrasser les recommandations du comité. En revanche, si le gouvernement Legault choisit d’aller au-delà des six semaines, il lui faudra suivre étroitement l’évolution des choses, croit-elle.

L’administrateur en chef adjoint de l’Agence de la santé publique du Canada, le Dr Howard Njoo, a indiqué en conférence de presse que la proposition du CCNI lui semblait juste et bonne à la lumière des « données probantes disponibles ».

La ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, n’a pas voulu s’avancer sur la façon dont les fournisseurs recevront l’avis du comité mis sur pied par le fédéral. La semaine dernière, elle avait averti qu’une stratégie comme celle du Québec pourrait avoir un impact négatif sur l’approvisionnement national en vaccins.

À cela, la Dre Quach répond que « c’est vraiment une histoire de contrat », mais qu’il est au demeurant « très fréquent » que les indications des fabricants ne soient pas suivies à la lettre par les autorités sanitaires nationales.

Vaccination avant élection ?

La vaccination sera au cœur des discussions du cabinet Trudeau, qui amorçait mardi une série de rencontres en vue de la rentrée parlementaire 2021, prévue le 25 janvier prochain. Le conseil des ministres, qui a subi des changements mardi matin, se réunira de façon virtuelle.

Ce rebrassage de cartes a soulevé des questions sur les velléités électorales du premier ministre ; lorsqu’on lui a demandé s’il s’engageait à ne pas déclencher de scrutin avant que tous les Canadiens qui le souhaitent aient accès à un vaccin, Justin Trudeau a répondu qu’il s’agissait là de sa « préférence ».