(Québec) En un peu moins d’une semaine, Québec a reçu 1791 courriels dénonçant des situations dans le réseau de la santé, comme la poursuite de mouvements de personnel d’un CHSLD à l’autre, entre zones chaudes et froides, et le manque de matériel de protection.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le 16 mai, Québec a lancé l’initiative « On vous écoute », une boîte de courriels (onvousecoute@msss.gouv.qc.ca) pour permettre aux travailleurs de dénoncer des situations en toute confidentialité et de « mettre fin à l’omerta » dans le réseau de la santé.

Jusqu’ici, 1791 courriels ont été reçus, « donc on peut penser que ça répond à un besoin », a affirmé la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, lors d’une commission parlementaire virtuelle vendredi.

Elle a l’intention de « traiter le plus rapidement possible les dossiers ou les demandes qui sont à notre avis très prioritaires ». Elle a parlé de messages dénonçant « un manque encore d’équipement de protection » ou encore un déplacement de personnes « qui vont de zone chaude à zone froide ». Il ne s’agit toutefois pas de la majorité des situations dénoncées. Elle a laissé entendre que l’on parle surtout d’enjeux de « relations de travail ». Il faudra interpeller les syndicats et les établissements concernés, a-t-elle dit.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Danielle McCann

L’initiative « On vous écoute », c’est selon elle « un signal fort pour mettre fin à l’omerta ». Elle s’est engagée à présenter sur la place publique, éventuellement, un portrait des situations dénoncées. Elle entend pousser plus loin l’exercice et présenter une proposition cet automne. Elle parle d’une opération visant « la libération de la parole » dans le réseau de la santé. « C’est un changement de culture organisationnelle que nous faisons », a-t-elle insisté.

Par exemple, « on va tout revoir » les ententes de confidentialité que doivent signer les travailleurs. Certes, la loi impose la confidentialité de certaines informations, comme le dossier des patients, « mais dans certains établissements, ça va au-delà », ce qui est imposé aux employés, a-t-elle déploré.

Mouvements de personnel

Lors de la commission parlementaire, la ministre a reconnu qu’il y a toujours des mouvements de personnel d’un CHSLD à l’autre dans la région de Montréal, surtout en raison du manque d’infirmières lors des quarts de nuit.

Québec a pourtant demandé, il y a plusieurs semaines déjà, que des « équipes dédiées » travaillent dans les CHSLD pour éviter le déplacement de personnel d’un milieu à l’autre et réduire le risque de transmission du coronavirus.

Le député libéral André Fortin a toutefois signalé en commission parlementaire que le mouvement de personnel se poursuit au « quotidien ».

« C’est beaucoup, exceptionnellement, les quarts de nuit en CHSLD dans la région de Montréal où ça se passe encore. Nous allons régler le problème le plus vite possible », a répondu Danielle McCann. Selon elle, ce sont les postes d’infirmières de nuit qu’on a difficulté à combler tous nos besoins ». Elle a insisté : « on ne veut pas de gens qui se promènent d’un endroit à l’autre ».

La ministre a signalé qu’on ne pourra revenir aux pratiques d’avant la pandémie dans l’organisation du travail. Il faudra éviter les mouvements de personnel et mettre en place de façon permanente les « équipes dédiées ». « Après la pandémie, on ne pourra pas revenir à ce qu’il avait avant, les équipes volantes et les postes multi-installations », a-t-elle dit.

Or, André Fortin a révélé qu’« il y a encore des postes multi-installations qui sont affichés en ce moment, des postes pour des équipes volantes ».

En réponse aux questions du député Sol Zanetti de Québec solidaire, Mme McCann a manifesté son intention de réduire le recours aux agences privées de placement de personnel. Elle a rappelé des dispositions de son arrêté ministériel : « on va pouvoir cesser les contrats avec certaines agences [conclus] pendant la pandémie pour embaucher le personnel » concerné.

De son côté, le député péquiste Joël Arseneau a indiqué qu’« il y a des gens sur le terrain qui constatent non seulement du personnel soignant qui se déplace, mais il y a aussi des patients négatifs à la COVID-19 qui sont admis dans une zone chaude ». La ministre a exigé plus d’informations sur cette histoire, rappelant que « les règles sont claires et qu’un patient COVID-19 négatif ne devrait pas aller dans une zone chaude, mais plutôt aller dans une zone froide », là où personne n’est infecté par le coronavirus.

Personnes asymptomatiques

Le libéral André Fortin a relevé que le directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses, le DAnthony Fauci, disait dès la fin janvier que les personnes asymptomatiques pouvaient transmettre le coronavirus et qu’une étude allemande était très claire à ce sujet. Il citait un reportage de CNN du 31 janvier. « C’était inconnu » de la part du gouvernement du Québec ?, a-t-il demandé.

« Nous l’avons su à la fin mars que les personnes asymptomatiques pouvaient propager le virus », a répondu la ministre McCann. Elle a reconnu que « c’est une donne qui a changé les choses ». Comme le gouvernement n’avait pas cette information avant, la contagion a pu faire plus de ravages selon elle.

Par ailleurs, la ministre a indiqué que le gouvernement se prépare à une éventuelle deuxième vague de COVID-19, par exemple en augmentant la capacité de dépistage et en recrutant davantage de personnel. « Ça prend plus d’espaces pour s’occuper des gens qui ont la COVID-19. C’est toute une grande réorganisation du réseau. On est en train d’organiser des espaces additionnels, notamment des modulaires au niveau des hôpitaux et d’espaces dans la communauté pour aider les CHSLD », a-t-elle dit.