(Ottawa) La frontière canado-américaine ne rouvrira vraisemblablement pas la semaine prochaine, prévient Justin Trudeau. C’est que le Canada n’est pas intéressé à devenir un déversoir de nouveaux cas de COVID-19, et les États-Unis représentent un « risque » à ce chapitre, a signalé la patronne de la santé publique, la Dre Theresa Tam.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
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L’accord qui est intervenu entre Ottawa et Washington en mars dernier a été prolongé au 21 avril, puis au 21 mai. Et sans le dire explicitement, le premier ministre a fortement suggéré que la frontière ne rouvrirait pas de sitôt, alors que le Canada continue d’avoir les yeux tournés d’abord et avant tout vers ce qui se passe à l’intérieur de ses frontières dans cette lutte contre la pandémie de COVID-19.

Et même à partir du moment où le nombre de cas aura été « massivement réduit » ici, le Canada « va être vulnérable à l’arrivée de cas de l’extérieur », a exposé Justin Trudeau en conférence de presse. « Donc, nous allons être extrêmement attentifs et posés dans nos gestes par rapport à la réouverture des déplacements internationaux », a-t-il expliqué, disant redouter une « deuxième vague semblable ou pire » à celle que l’on traverse.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Dre Theresa Tam

L’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a renchéri sur cette délicate question lors d’une conférence de presse subséquente. « Ce virus pourrait décoller rapidement si nous ne sommes pas extrêmement prudents dans notre approche, tant intérieure qu’internationale », a-t-elle affirmé.

Mais elle est allée un peu plus loin que le premier ministre en évoquant la dangerosité du voisin au sud. « Les États-Unis étant l’un des pays qui ont toujours des cas, et qui tentent toujours de gérer les éclosions, ils représentent en ce sens un risque pour le Canada », a-t-elle lancé dans une salle du parlement.

La patronne des autorités sanitaires canadiennes a souligné que « l’un des principes clés dont nous avons discuté avec les provinces et les territoires, c’est qu’il faudra surveiller ce qui se passe avec le relâchement des mesures de santé publique intérieures avant de pouvoir nous pencher sur un relâchement à la frontière internationale ».

Des ravages aux États-Unis

La COVID-19 continue à faire des ravages aux États-Unis ; un recensement du Center for Systems Science and Engineering de l’Université Johns Hopkins évalue que 1,4 million de personnes y ont été infectées par le virus, et que 81 000 personnes ont succombé à la maladie.

Ces derniers jours, les premiers ministres de l’Ontario et de la Colombie-Britannique, Doug Ford et John Horgan, ont exprimé le souhait que la frontière reste scellée. Depuis le 21 mars dernier, le Canada est interdit d’accès aux voyageurs jugés non essentiels en provenance des États-Unis. Lundi, la vice-première ministre, Chrystia Freeland, a indiqué qu’elle s’attendait « inévitablement » à une recrudescence des allers-retours entre voisins au fur et à mesure que l’économie rouvre.

Mais une source gouvernementale a toutefois été précisé à La Presse que l’on proposerait à l’administration Trump un prolongement de la mesure au-delà du 21 mai. Le chargé d’affaires des États-Unis au Canada, Richard Mills, a vanté la coopération « étroite et constante » entre les deux partenaires en matière frontalière, mardi. « Les États-Unis et le Canada continuent à travailler ensemble afin de s’assurer du maintien des chaînes d’approvisionnement internationales pour l’équipement médical crucial », a-t-il dit en citant l’exemption qui a été accordée au Canada par Washington à la US Defense Production Act (DPA) afin que puisse se poursuivre l’acheminement de masques et autres fournitures de protection.

Les cas frauduleux attendront

Le gouvernement Trudeau s’est retrouvé dans l’embarras mardi après que The National Post eut rapporté qu’une directive avait été donnée aux fonctionnaires de traiter les demandes de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) même s’ils avaient des doutes au sujet des informations fournies par les demandeurs. Selon le quotidien, environ 200 000 demandes auraient été considérées comme problématiques.

Interrogé à ce sujet durant la session virtuelle du Parlement, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé que la priorité absolue du gouvernement demeure l’acheminement de l’aide d’urgence le plus rapidement possible.

« Nous savions qu’il faudrait faire un nettoyage après, qu’il faudrait s’attaquer aux cas frauduleux, et nous allons faire cela. Mais la priorité en ce moment et au cours des prochains mois c’est de s’assurer que les Canadiens obtiennent l’aide dont ils ont besoin et que notre économie reprenne toute sa vigueur. C’est sur quoi nous misons actuellement », a dit M. Trudeau.

La réplique du Parti conservateur a été cinglante. « Ça ne s’invente pas. Le gouvernement de Justin Trudeau a demandé aux fonctionnaires qui traitent les demandes de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) d’envoyer le paiement aux destinataires même si une fraude était détectée. Inadmissible ! », a laissé tomber le député conservateur Alain Rayes, qui a talonné deux ministres à ce sujet sans obtenir de réponse claire.