(Québec) La majorité des écoles du Québec n’ont pas de système de ventilation mécanique, mais des mesures de contrôle de la qualité de l’air sont en place dans la presque totalité des établissements, selon un rapport commandé par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Il faudra toutefois attendre pour savoir si l’air est bel et bien sain dans les classes. Des tests seront effectués à compter du 1er décembre.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Jean-François Roberge a dévoilé vendredi le rapport sur la ventilation dans les bâtiments du réseau scolaire, plus précisément un « état d’avancement des mécanismes de contrôle de la qualité de l’air ». L’enjeu suscite des inquiétudes depuis des mois en raison de la pandémie de COVID-19, surtout avec l’arrivée de l’hiver. Le Ministère a compilé des données fournies par 68 centres de services scolaires (94 %).

Selon des données datant de janvier dernier, parmi 3227 écoles, 1357 sont ventilées mécaniquement et 1870 n’ont pas de système de ventilation mécanique et doivent donc ouvrir les fenêtres ou utiliser « d’autres systèmes pour favoriser une circulation d’air frais », révèle le rapport. Québec n’avait aucun portrait du genre jusqu’ici.

Le document ne présente pas de données sur la qualité de l’air dans les classes, comme la quantité de contaminants. Il fait plutôt état des mesures mises en place pour en faire le contrôle.

« La collecte des données fournies […] révèle que l’état d’avancement de la mise en place des mécanismes de contrôle de la qualité de l’air dans les établissements scolaires est satisfaisant », conclut le Ministère dans ce rapport.

Ainsi, « l’implantation d’une approche systématique de gestion de la qualité de l’air est complétée à 96,55 % » dans le réseau. Cela signifie que les centres de services scolaires appliquent une série de mesures comme l’entretien des systèmes, le remplacement des filtres et la réalisation d’inspections.

« L’entretien ménager des systèmes de ventilation a été complété de manière conforme à 97,5 % », ajoute le Ministère. « Les normes ont été respectées à 99,5 % pour la ventilation électromécanique et naturelle ». Enfin, « le plan d’entretien électromécanique a été mis en place de façon satisfaisante dans 92,6 % des cas ».

Pour Jean-François Roberge, ce rapport est « très, très rassurant ». Il ne prouve pas que l’air est effectivement sain dans les classes, a-t-il reconnu en entrevue. Mais il démontre à ses yeux que tout a été mis en place pour que ce soit le cas. Le ministre compare la situation à un athlète dont « on n’a pas pris encore le chronomètre au 100 mètres, mais qui a vraiment tout fait pour performer de façon optimale ».

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

L’athlète sera finalement mis à l’épreuve : le ministre a demandé aux centres de services scolaires que des tests soient effectués à compter du 1er décembre « pour garantir que la qualité de l’air des classes est conforme aux normes actuellement en vigueur ».

« On va arriver avec un échantillonnage, selon des balises sérieuses de la Santé publique, qui, je pense, vont venir tout simplement mettre le couvercle sur la marmite et rassurer tout le monde », a-t-il affirmé.

Selon le rapport, entre avril 2018 et juin dernier, sept problèmes liés à la qualité de l’air ont été signalés dans sept bâtiments. « Cinq ont été réglés et deux sont en voie de l’être. »

Québec signale qu’une « ventilation adéquate des milieux intérieurs constitue une mesure de gestion efficace des contaminants de l’air intérieur, incluant les aérosols qui peuvent contenir des virus ». Et cette ventilation « peut être effectuée à l’aide de systèmes mécaniques centralisés, de fenêtres ou de tout autre type d’ouverture permettant une aération naturelle ».

D’après le rapport, « le relevé de concentration de radon dans les bâtiments scolaires est complété à 99,93 %, les travaux visant à répertorier les matériaux susceptibles de contenir de l’amiante sont exécutés à 99,19 %, et les travaux d’installation de détecteurs de monoxyde de carbone dans les bâtiments où des appareils à combustion sont utilisés sont exécutés à 98,31 % ».

Jean-François Roberge avait commandé ce rapport le 29 juin dernier. Son ministère n’avait à ce jour aucune donnée sur les systèmes de ventilation dans les écoles, comme La Presse l’a démontré.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a reconnu plus tôt ce mois-ci que le gouvernement aurait dû s’occuper bien avant de l’enjeu de la ventilation dans les écoles, qu’un plan aurait dû « être fait depuis longtemps ».

Pour Québec solidaire, la sortie de Jean-François Roberge est « une véritable insulte à l’intelligence ». Il a « induit tout le monde en erreur en faisant croire qu’il attendait un rapport sur la qualité de l’air », estime sa porte-parole en matière d’éducation, Christine Labrie.

« Comment le ministre peut-il soutenir que nos milieux scolaires sont sains et sécuritaires, alors qu’il vient tout juste de demander des tests de CO2, et qu’il n’aura pas les résultats avant plusieurs semaines ? », a-t-elle ajouté.

La péquiste Véronique Hivon s'est dite « consternée par la nonchalance du ministre dans ce dossier ». « C’est hallucinant de voir que les tests n’ont même pas encore commencé alors que c’est la donnée centrale qui intéresse tout le monde. Ce rapport est une déception monumentale parce qu’il ne va pas au fond des choses », a-t-elle soutenu.

À la suite de tests réalisés avec la complicité d’enseignants, un groupe de médecins et d’experts a révélé plus tôt cette semaine que les trois quarts des 25 classes de Montréal soumises à l’examen affichaient un taux de CO2 supérieur au seuil acceptable. C’est une preuve que la ventilation pose problème, ont-ils soutenu.

La députée libérale Marwah Rizqy réclame l’installation de détecteurs de CO2 et de purificateurs d’air portatifs dans les classes pour réduire les risques de transmission de la COVID-19. Il faut en commander au plus vite, « ça presse », a-t-elle lancé, déplorant « l’entêtement » du ministre sur le sujet.

Selon la présidente de la CSQ, Sonia Éthier, « le rapport se concentre sur le contenant plutôt que sur le contenu » et « escamote l’enjeu central de la qualité de l’air actuelle dans les écoles du Québec ».

« Il faut saluer le fait qu’un certain nombre de consignes sont émises pour assurer la qualité de l’air, notamment par l’ouverture des fenêtres et l’inspection des systèmes de ventilation. Compte tenu de la réalité du terrain et de l’hiver québécois, il est toutefois permis de douter de la capacité des écoles à mettre en place ces mesures, alors que les fenêtres sont parfois inexistantes dans certains locaux, autant que les systèmes de ventilation mécaniques », a-t-elle réagi.

Selon une mise à jour faite par le gouvernement vendredi, 1026 écoles ont en ce moment au moins un cas actif de COVID-19 parmi leurs élèves ou leur personnel et 1029 classes sont fermées. Au total, 2626 élèves sont atteints de la maladie, de même que 657 membres du personnel. On compte 384 éclosions actives dans les écoles, ce qui représente 31,5 % de l’ensemble des éclosions en cours au Québec.