(Québec) Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a reconnu mercredi que son gouvernement aurait dû s’occuper dès l’été dernier de la question de la ventilation dans les écoles. Une problématique mal connue du gouvernement, qui n’a aucune idée de l’état des systèmes de ventilation des écoles du Québec, a appris La Presse. Selon un infectiologue, il faut vite corriger le tir.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

L’année scolaire n’était pas commencée que déjà, syndicats, partis de l’opposition, médecins, ingénieurs et parents soulevaient des doutes sur la ventilation dans les écoles du Québec dans le contexte de la pandémie. Dès lors, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, assurait qu’« un rappel a[vait] été fait au réseau scolaire pour s’assurer que la ventilation soit adéquate ».

Mercredi, le ton a changé. Questionné à ce sujet au 98,5 FM, le ministre de la Santé a affirmé qu’un plan concernant la ventilation aurait dû « être fait depuis longtemps ».

Microbiologiste-infectiologue au Centre universitaire de santé McGill, le Dr Donald Vinh est d’avis qu’il aurait fallu y penser avant la rentrée scolaire.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr Donald Vinh, microbiologiste-infectiologue au Centre universitaire de santé McGill

Le fait est là, dit-il : il y a un risque de transmission du coronavirus dans les espaces fermés où se trouvent beaucoup de personnes — même dans des bulles — et où la ventilation est diminuée.

« On le savait qu’après l’automne viendrait l’hiver, ça arrive chaque année. J’aurais voulu un plan qui résout le problème avant que ça devienne un problème. Ç’aurait été l’idéal, mais je comprends que le monde ne fonctionne pas dans l’idéal », a dit le Dr Donald Vinh.

Les enfants, poursuit-il, doivent être considérés lorsqu’on parle de la transmission de la COVID-19. « Je pense qu’on doit reconnaître que les enfants contribuent, de façon peut-être moins évidente que chez les adultes, à la transmission qu’on continue à avoir. Les enfants peuvent transporter le virus dans l’école ou le transporter de l’école à la communauté », explique l’infectiologue, qui rappelle que les moins de 19 ans représentent 15 % des cas.

En conséquence, dit le Dr Vinh, il faut équiper adéquatement les endroits où se trouvent les enfants pour minimiser la transmission du virus. Mettre des stations de lavage de mains dans les parcs, bien aérer les vestiaires sportifs dans les arénas et les classes des écoles, par exemple.

Plus tôt cette semaine, le ministre Dubé a expliqué avoir mandaté un comité d’experts pour se pencher sur la ventilation dans les écoles, mais aussi de manière générale dans d’autres établissements.

Aucun rapport sur l’état des systèmes de ventilation

Combien de classes au Québec sont mal ventilées ? En réponse à une demande de La Presse faite en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, le ministère de l’Éducation nous a indiqué qu’il « ne détient pas de rapport concernant l’état des systèmes de ventilation de toutes les écoles de la province ».

« Il appartient aux centres de services scolaires et aux commissions scolaires de procéder à l’entretien de leurs bâtiments », nous a-t-on également écrit.

Dans une lettre ouverte publiée à la fin de septembre, plus d’une vingtaine de médecins et de spécialistes en santé publique estimaient que le ministère de l’Éducation devait considérer l’achat de purificateurs d’air portatifs munis de filtres HEPA.

L’entreprise Orkan, qui fabrique des appareils de ce type depuis près de 20 ans à Saint-Hubert, dit n’avoir reçu aucun appel d’un centre de services scolaire ou du gouvernement pour équiper des écoles. Leurs appareils sont pourtant utilisés dans des hôpitaux du Québec, dans des cabinets de dentistes et dans plusieurs milliers de classes… en Chine.

On a de la misère à imaginer que les gens qui sont responsables de ça ne sont pas au courant qu’on existe. À l’heure où on se parle, le gouvernement du Québec a un kiosque à Shanghai qui fait la promotion de nos produits.

Simon Labrecque, président d’Orkan, fabricant de produits de ventilation à Saint-Hubert

Il dit avoir fait des démarches tout l’été pour fournir des appareils de démonstration ou installer une classe-test au Québec.

Simon Labrecque pense en outre que les écoles font face à de « gros défis » ces jours-ci pour entretenir les systèmes de ventilation.

« La demande en qualité de l’air est extrêmement forte. Les filtres à air à mettre dans les systèmes centraux ne sont plus disponibles. Je suis convaincu que les écoles qui commandent des filtres ne les reçoivent pas », ajoute-t-il, précisant que les membranes de filtres à air servent aussi à fabriquer des masques médicaux.

Peu importe le système qu’on utilise pour changer et filtrer l’air, c’est un moyen de plus dont on dispose pour combattre la COVID-19, dit le Dr Donald Vinh. Le médecin ajoute qu’il n’est pas trop tard pour agir. « De manière générale, il n’est jamais trop tard pour faire la bonne chose. Je pense que c’est le cas ici, mais si on a un plan, il faut vite le mettre en œuvre », estime l’infectiologue.

– Avec William Leclerc, La Presse, et La Presse Canadienne