Pour une fois, une trop rare fois depuis le début de cette année à oublier, on peut se permettre d’y croire : ça pourrait bien aller, finalement.

Isabelle Hachey Isabelle Hachey
La Presse

Lundi, on a entrevu une éclaircie dans le ciel pandémique de 2020, une « lumière au bout du tunnel », comme l’a qualifiée le premier ministre Justin Trudeau.

Une promesse de vaccin.

Les géants pharmaceutiques Pfizer (États-Unis) et BioNTech (Allemagne) ont annoncé avoir développé un vaccin efficace à plus de 90 % pour prévenir les infections à la COVID-19.

Il reste une ultime phase d’essais cliniques. Mais, après huit mois de pause forcée et 1,2 million de morts, le monde n’a jamais semblé aussi près de l’antidote qui nous permettra de reprendre nos vies là où nous les avons laissées, le ou vers le 12 mars 2020.

La planète pousse un soupir de soulagement. Les indices boursiers s’envolent.

Même Donald Trump oublie sa mauvaise humeur, le temps d’un joyeux gazouillis sur Twitter pour célébrer cette « GRANDE NOUVELLE ! »

Reste à savoir si un assez grand nombre de gens seront prêts à se faire vacciner. Étonnamment, même si tout le monde en a plus qu’assez de cette pandémie, ce n’est pas gagné.

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Un sondage CROP réalisé en octobre montre que 70 % des Québécois ont l’intention de se faire vacciner contre la COVID-19. En août, ils étaient 75 % à le vouloir.

On observe cette tendance à la baisse, inquiétante, un peu partout dans le monde.

Selon un sondage Ipsos, aussi mené en octobre, l’intention de recevoir le vaccin a diminué dans 15 pays au cours des trois derniers mois, de 4 % en moyenne.

Au Canada, 76 % des citoyens accepteraient de se faire vacciner. Aux États-Unis, c’est pire : 64 %. En France, la proportion s’élève à un maigre 54 %…

« La confiance envers le vaccin est hautement variable et ne devrait pas être tenue pour acquise, prévient le Forum économique mondial, qui a commandé le sondage Ipsos. La baisse actuelle pourrait être suffisante pour limiter l’efficacité du vaccin une fois qu’il sera livré. »

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Est-ce à dire que 30 % des Québécois ont « fait leurs recherches » et croient que la campagne de vaccination à venir n’est qu’une vaste machination de Bill Gates pour leur insérer une puce dans le corps ?

Bien sûr que non.

Selon le sondage CROP, 17 % des Québécois refusent de se faire vacciner, alors que 13 % sont indécis. Et parmi les 17 % qui refusent, à peine le quart estiment que « les vaccins sont un moyen de nous contrôler ».

Bref, les conspirationnistes font du bruit, mais forment une minorité.

Ils sont plus nombreux à s’inquiéter du fait que le vaccin tant attendu soit, justement, élaboré dans l’urgence. Ainsi, plus de la moitié (54 %) des récalcitrants citent un « manque de recherche » pour justifier leur refus.

Ces gens-là ne sont pas des antivax. Ils font sans doute confiance à la science. Mais ils savent que les vaccins prennent généralement une décennie à produire et coûtent des milliards en recherches.

Alors, ils se demandent si on n’est pas un peu trop pressés. Et si les chercheurs peuvent vraiment développer un vaccin sûr et efficace en quelques mois…

C’est le paradoxe de cette course effrénée pour freiner la pandémie. Il y a urgence planétaire. Partout, des scientifiques se démènent pour trouver un remède contre le virus. Mais plus vite ils réussiront à produire un vaccin, plus la population s’en méfiera.

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Parmi les Québécois qui ne comptent pas se faire vacciner contre la COVID-19, 18 % estiment que, de toute façon, « les vaccins sont inutiles ».

C’est l’autre paradoxe de cette histoire : plus les gens refuseront le vaccin sous prétexte qu’il est inutile, plus le vaccin risque d’être… inutile.

Au moins 80 % de la population doit être vaccinée pour freiner la propagation du virus. Même ceux qui ne peuvent recevoir le précieux sérum — comme les nouveau-nés ou les femmes enceintes — seraient alors protégés.

C’est ça, le principe de l’immunité collective.

Pilier de la médecine moderne, la vaccination a permis d’éradiquer des maladies contagieuses de la surface du globe et de sauver des millions de vies.

Il faudra s’en souvenir, la prochaine fois qu’on entendra un manifestant crier « libârté ! » ou « mon corps, mon choix ! » pour justifier son refus du vaccin.

Qu’on le veuille ou non, en temps de pandémie, nos choix ont des conséquences, parfois mortelles, sur les autres.

Choisir le vaccin, au contraire, ce sera choisir de protéger ceux qu’on aime — et tous les autres.