(Saint-Raymond) Avec 187 cas supplémentaires de COVID-19 en 24 heures, le Québec « s’approche d’un seuil qui est peut-être critique », estime le premier ministre François Legault qui, « pour l’instant », ne prévoit pas de restrictions additionnelles comme la fermeture des bars.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le gouvernement entend toutefois serrer la vis aux « récalcitrants » atteints de la COVID-19 qui refusent de s’isoler et aux établissements qui ne respectent pas les consignes sanitaires.

Jeudi, lors d’un point de presse à Saint-Raymond dans Portneuf, François Legault a confirmé que l’approche de son gouvernement, si la situation devait empirer, est de procéder par un reconfinement par région, voire sous-région, comme La Presse l’a démontré.

Des indications en ce sens avaient d’ailleurs déjà été données au mois de juin. Québec avait alors indiqué qu’un reconfinement général comme au printemps n’allait pas se reproduire, à moins d’une propagation catastrophique généralisée. On procéderait plutôt par territoire, mais aussi par secteurs d’activité, en confinant d’abord ce qui n’est pas essentiel.

« Pour l’instant, il n’est pas prévu à court terme de mesures additionnelles. Mais allons-y dans l’ordre où on a donné des permissions. On a donné la permission aux bars de rouvrir, incluant les karaokés, est-ce qu’on doit revenir sur cette décision ? Pour l’instant, non. Mais éventuellement, il ne faut pas l’exclure », a expliqué M. Legault.

Selon lui, il n’est pas question de fermer les bars ou les karaokés en ce moment parce que la majorité respecte les consignes et que les cas confirmés ne sont pas liés strictement et en grand nombre aux débits de boisson.

Avec 187 cas supplémentaires s’inscrivant dans une tendance à la hausse depuis quelques jours, le Québec a franchi le seuil des 20 cas par million d’habitants pour la journée. « Évidemment, on s’approche d’un seuil qui est peut-être critique », a signalé le premier ministre.

Le gouvernement avait lui-même fixé ce seuil à ne pas dépasser sur une période de sept jours. « C’est un objectif » de se trouver sous ce cap sur une base hebdomadaire, a précisé M. Legault. Si l’on franchit le cap au bout de sept jours, que se passera-t-il ? Ce n’est pas « un déclencheur automatique » de nouvelles mesures, de nouvelles restrictions, a-t-il répondu. Plusieurs facteurs seront considérés dans la prise de décisions. « Si la majeure partie des cas étaient dans des bars, la décision serait facile à prendre : on ferme les bars. Mais là, les cas sont répartis dans plusieurs secteurs. »

Il a toutefois demandé à sa ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, de trouver des moyens de serrer la vis aux personnes atteintes de la COVID-19 qui refusent de s’isoler. Il a évoqué des amendes entre autres pour les « quelques récalcitrants ».

Québec peut déjà en imposer, comme l'a rappelé Geneviève Guilbault jeudi. Environ 8000 constats d’infraction ont ainsi été distribués contre des individus ou des établissements. Jusqu’ici, et en particulier au cours de l’été, « on a eu une certaine indulgence », les autorités ont été plutôt clémentes, mais le moment est venu de « sévir » devant la « désinvolture » de certains qui risque d’augmenter la propagation du coronavirus, a expliqué la ministre.

La Santé publique peut également émettre une ordonnance pour forcer l’isolement des récalcitrants. D’ailleurs, le CIUSSS de la Capitale-Nationale a émis mercredi deux ordonnances pour « des gens qui ne collaboraient pas » ; l’une des ordonnances visait à isoler un client du bar Kirouac pendant 14 jours, la seconde voulait en forcer un autre à collaborer à l’enquête épidémiologique. Une soirée karaoké dans ce débit de boisson a entraîné au moins 50 infections confirmées de COVID-19, notamment chez trois enfants qui fréquentent l’école.

Quant à la situation dans les écoles, même si des cas se confirment et que des élèves de certaines classes sont forcés de rester à la maison, la situation demeure « sous contrôle », selon le premier ministre.