(QUÉBEC) Le gouvernement Legault n’a pas d’excuses pour ne pas avoir mieux prévenu les effets indésirables de la canicule dans les CHSLD du Grand Montréal, dénoncent les partis d’opposition. Un important installateur de climatiseurs a pourtant tenté d’alerter le réseau de la santé en avril dernier.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« Ça me vire à l’envers. […] La COVID, on ne savait pas, mais la canicule, on savait », a lancé le député du Parti québécois, Harold LeBel, visiblement ébranlé. « Je marchais ce matin, il fait chaud et j’imagine les aînés et les travailleurs en CHSLD. C’est l’enfer qu’ils doivent vivent dans cette chaleur, avec la pression de la COVID », a-t-il dit.

Alors que la première canicule de la saison frappe le Québec, le ministère de la Santé a donné mardi le feu vert aux dirigeants des établissements pour l’installation de climatiseurs mobiles et de ventilateurs sur pied. Selon la santé publique, « les bénéfices de l’utilisation de ces appareils sont plus grands que les inconvénients possibles ».

« C’est comme la pensée magique assez incroyable de la ministre [responsable des Aînés, Marguerite Blais] et du gouvernement de dire : "j’ai envoyé une directive" quand on sait quelle tour de Babel peut-être les CIUSSS », a dénoncé mercredi le député de Québec solidaire, Vincent Marissal, devant les journalistes.

« Quiconque a déjà fait des rénovations sait qu’une soumission ne te refait pas une cuisine. Tout à coup, la ministre Blais dit : « j’ai envoyé une directive » et par hasard, il faudrait que les climatiseurs poussent en une nuit. C’est ridicule et c’est dangereux […] On joue avec la vie du monde », a-t-il argué.

On apprenait par ailleurs qu’un entrepreneur en installation de climatiseurs en CHSLD, Luc Despatie, a sonné l’alarme au ministère il y a un mois et demi, le 7 avril. Anticipant les contraintes liées à la crise de la COVID-19 pour les travaux, M. Despatie a tenté de convaincre les autorités pour qu’on accélère l’installation des climatiseurs.

« Ça nous dit tout le manque de sérieux, de préparation et d’improvisation du gouvernement », a réagi Vincent Marissal. « C’est déjà pénible d’être dans un CHSLD, c’est épouvantable. C’est gens-là vivent dans des situations pitoyables et là en plus, on va les faire mourir de chaleur parce que quelqu’un quelque part n’a pas allumé que l’été allait revenir et que ça prenait des climatiseurs ?  », a-t-il poursuivi.

Pour le député LeBel, la situation est inacceptable. Il somme la ministre Blais de « faire son travail » et de nommer un responsable au dossier. « On parle du 7 avril, la ministre ne peut pas reculer à Duplessis, c’est elle qui était responsable, c’est assez de mettre la faute sur les autres », a-t-il soutenu.