(Ottawa) Même si deux avions-cargos canadiens sont rentrés de Chine sans les fournitures médicales qu’ils devaient ramener mercredi, une entreprise de biotechnologie du Nouveau-Brunswick a reçu sa plus récente livraison du réactif dont elle avait bien besoin pour accélérer les tests de dépistage à grande échelle de la COVID-19.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

Le réactif chimique était à bord de quatre autres avions-cargos qui ont réussi à quitter la Chine bourrés de fournitures médicales, notamment des respirateurs N95, des masques chirurgicaux et des blouses.

Le réactif a été finalement livré à l’entreprise LuminUltra, de Fredericton. Cet ingrédient nécessaire aux tests de dépistage se fait rare sur les marchés mondiaux, très compétitifs et tendus ces jours-ci.

Des tests à grande échelle pour déterminer la propagation de la COVID-19 dans la communauté sont généralement considérés comme une condition préalable à toute décision d’amorcer un « déconfinement » dans certains segments de la population ou certains secteurs d’activités.

« Il s’agit d’une partie très importante du puzzle, et c’est une quantité très importante de produits qui va nous permettre de tenir la promesse que nous avons faite au gouvernement et aux Canadiens », a indiqué le PDG de LuminUltra, Pat Whalen.

Le 15 avril dernier, le premier ministre Justin Trudeau a désigné l’entreprise comme partenaire clé dans la tentative du Canada de fournir aux provinces ce dont elles ont besoin pour effectuer des tests. LuminUltra a annoncé le même jour qu’elle fournirait « 500 000 tests COVID-19 par semaine au gouvernement fédéral pour une utilisation à travers tout le Canada ».

Des avions partis à vide ?

La Chine, quant à elle, a soutenu mercredi qu’il était « inexact » de prétendre, comme l’a fait M. Trudeau cette semaine, que deux avions canadiens avaient quitté la Chine sans les fournitures médicales qu’ils devaient ramener.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a déclaré qu’il était faux de prétendre, comme l’avait fait M. Trudeau, que les avions avaient fait face à des restrictions des autorités sur le temps qu’ils pouvaient attendre sur le tarmac.

PHOTO ANDY WONG, AP

Geng Shuang

« Les lignes d’approvisionnement et les expéditions de camions vers les aéroports sont difficiles et interrompues par des points de contrôle et des mesures de quarantaine », avait soutenu le premier ministre. La plupart de l’équipement a pu quitter la Chine, a-t-il dit, « mais ces deux avions ont été obligés de décoller à vide ».

L’un des deux appareils avait été nolisé par Ottawa, l’autre était destiné à une province que le premier ministre a refusé d’identifier.

M. Geng a quant à lui offert une version différente des évènements, selon la traduction de ses remarques sur le site internet du ministère, une version que l’ambassade de Chine à Ottawa a également mentionnée lorsqu’elle a été interrogée à ce sujet.

« En ce qui concerne l’incident impliquant deux vols canadiens qui sont rentrés à vide, nous avons vérifié auprès des services compétents et nous estimons que la version donnée est inexacte », a déclaré M. Geng. « Les aéroports et les autorités de l’aviation civile n’imposent aucune limite de temps au sol pour les avions-cargos affrétés. »

Les achats du Canada à l’étranger proviennent en grande partie de la Chine, et Ottawa a donc mis en place une « approche d’approvisionnement de bout en bout pour naviguer dans l’environnement complexe de la chaîne d’approvisionnement », a expliqué à La Presse canadienne, mercredi, le cabinet de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand.

L’ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton, compte sur des entreprises de logistique de transports comme Bolloré Canada et Deloitte Canada, ainsi que sur des compagnies aériennes comme Air Canada et Cargojet, pour ramener ces fournitures au Canada, selon le cabinet de la ministre Anand.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton

« Avec cette approche de A à Z, nous avons maintenant des vols transitant régulièrement de la Chine vers le Canada avec des fournitures médicales, tandis que nous continuons d’augmenter la capacité de production nationale et que de plus en plus de fournisseurs canadiens offrent leurs produits en ligne. »

Des Canadiens coincés en Inde

Le premier ministre Trudeau a par ailleurs affirmé mercredi que 20 000 voyageurs canadiens bloqués à l’étranger avaient été rapatriés jusqu’ici au Canada.

Mais il ajoute que beaucoup plus de vols seront nécessaires pour ramener un grand nombre d’autres Canadiens, coincés en Inde en particulier.

La vice-première ministre Chrystia Freeland affirme que cette tâche est difficile. Elle prévient fermement, par ailleurs, que tous les Canadiens rentrant de l’Inde seront légalement tenus de se mettre en quarantaine pendant 14 jours pour empêcher la propagation de la COVID-19 dans la communauté.