(Paris) Jupiter, c’est le surnom du président Emmanuel Macron. Un surnom qu’il s’est lui-même donné bien avant son élection quand on lui avait demandé quelle sorte de président il voudrait être. Ça décrit assez bien celui qui a pratiquement refusé de faire campagne avant cette semaine…

Publié le 10 avril

Et ces jours-ci, Jupiter est confronté aux « Frances insoumises ». Au pluriel, parce qu’on ne parle pas seulement du parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, mais de tous ces électeurs qui vont exercer un vote de protestation. Ils voteront pour des partis qu’on pourrait qualifier d’anti-système : de la droite super-nationaliste à la gauche anticapitaliste.

Lors de la dernière présidentielle, au premier tour, 49 % des votants avaient choisi l’un de ces partis. Cette fois, si on en croit les derniers sondages, ce sera un peu plus, donc la majorité des Français qui auront voté au premier tour pour un parti qu’on pourrait qualifier d’anti-système.

Comme le général de Gaulle, qui avait dit : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? », Macron pourrait être tenté de dire : « Comment gouverner un pays où la majorité des électeurs ne croient plus au système ? »

Ce qui rattrape le président Macron, en cette fin de campagne, c’est précisément son côté jupitérien. Loin des préoccupations de ses concitoyens, comme si la crise des gilets jaunes du début de son mandat couvait toujours.

La guerre en Ukraine a eu, comme c’est souvent le cas, un effet de « ralliement vers le drapeau » et le président sortant. Mais M. Macron a perdu cet avantage depuis qu’il a commencé à faire vraiment campagne.

Ce qu’on lui reproche, ces jours-ci, c’est de ne pas s’occuper du pouvoir d’achat de ses compatriotes alors que l’inflation fait des ravages.

Et ce fut la bonne fortune de Marine Le Pen de comprendre tôt dans la campagne que les difficultés économiques allaient être plus importantes pour les électeurs que les thèmes traditionnels de son parti, comme l’immigration et l’insécurité. Elle a ajusté son discours en conséquence et, depuis le début de mars, elle gagne un point par semaine.

PHOTO LIONEL BONAVENTURE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national

Les tout derniers sondages avant le premier tour placent Mme Le Pen et M. Macron au coude-à-coude. À égalité statistique au premier comme au deuxième tour. Quelque chose qui était impensable il y a quelques jours à peine.

Macron ne fait que commencer à contre-attaquer en disant que le programme de Mme Le Pen n’est pas chiffré et que promettre qu’on va baisser la TVA et geler les prix, « c’est mentir aux gens… ». Tout comme sa promesse de supprimer l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans pendant cinq ans.

On a beaucoup dit, depuis quelques semaines, que la présence du polémiste Éric Zemmour a finalement aidé Mme Le Pen. En prenant pour lui les discours les plus agressifs sur l’immigration, le « grand remplacement » par les musulmans, etc., il l’a « dédiabolisée ».

Mais il reste que, dans le programme du Rassemblement national, on retrouve encore beaucoup d’éléments qui choquent une bonne partie de l’électorat français : s’il ne veut plus quitter l’Union européenne, il veut se retirer du grand marché européen et rétablir les frontières. Tout comme l’idée de la préférence nationale qui ferait des immigrants de véritables citoyens de seconde classe.

De toute évidence, l’Europe sera l’un des thèmes de la campagne Macron pour le second tour, si son adversaire est Mme Le Pen, ce qui reste l’option la plus probable.

Mais, en ces derniers jours de campagne, il y a aussi du mouvement du côté gauche. Trois des partis traditionnels de la gauche, les socialistes, les communistes et les écologistes, ne feront pas, ensemble, 10 % du vote.

D’où l’appel au « vote utile » de Jean-Luc Mélenchon, qui a gagné cinq points au cours du dernier mois et qui se place désormais au troisième rang. Ses chances de faire le second tour sont minces – il faudrait, en fait, un effondrement majeur du vote de Macron –, mais il appelle à faire « barrage contre l’extrême droite dès le premier tour ». Déjà, une autre candidate, l’ex-ministre Christiane Taubira, dit que c’est ce qu’elle fera.

Mais ce qui est le plus inquiétant pour le président sortant, c’est justement que le Front républicain contre l’extrême droite – qui lui avait permis de battre Marine Le Pen par 66 % contre 33 %, il y a cinq ans – pourrait ne pas se reformer aussi facilement.

À gauche, on se méfie d’un Macron qui a pu donner l’impression de faire campagne à gauche et de gouverner à droite. Dans la droite traditionnelle, les Républicains de Valérie Pécresse – héritiers du gaullisme –, on ne donnera pas de consigne pour le second tour.

Une victoire de Mme Le Pen, qui était impensable il y a quelques semaines, ne l’est plus. Mais est-ce si surprenant dans un pays où la moitié des électeurs rejettent les partis politiques traditionnels ?