Avec toutes les révélations des derniers jours, en particulier celles de la protectrice du citoyen, il est devenu évident – si ce ne l’était déjà – qu’il faut une commission d’enquête publique sur ce qui s’est passé dans les résidences de personnes âgées et les CHSLD pendant la première vague de la pandémie.

Publié le 28 nov. 2021

Et c’est précisément pour cela que le gouvernement ne voudra jamais prendre le risque de la tenue d’une telle enquête publique à cause de la possibilité qu’il se retrouve tout de suite au banc des accusés, en pleine année électorale.

Alors, on ferme les livres tout de suite ? Pas nécessairement. Il y a un moyen de faire une enquête qui sera autre chose qu’une chasse partisane aux responsables. Une seule enquête du type « Vérité et réconciliation » ?

Vérité, parce qu’il faut savoir clairement ce qui s’est passé, au risque de commettre les mêmes erreurs. Réconciliation, parce que le but ne sera pas alors de chercher des coupables, mais de reconnaître qu’il faut se donner les bons moyens de faire mieux, si une autre catastrophe du genre devait nous tomber dessus.

Le premier ministre Legault affirme qu’on n’a pas d’intérêt à mener une seule enquête publique quand la protectrice du citoyen, une coroner et la commissaire à la santé le font déjà. En fait, c’est justement ce qui peut causer des témoignages et rapports contradictoires qui ne permettront jamais de savoir la vérité.

Pour que cette enquête soit utile, il faut accepter certaines prémisses. D’abord, la tragédie qui s’est produite dans les CHSLD est la conséquence d’un certain nombre de mauvaises décisions prises par les gouvernements et les gestionnaires de la santé du Québec depuis longtemps.

Pour ce qui est de la première vague, au printemps 2020, il est maintenant acquis que notre système centré sur l’hôpital a fait exactement ce qu’il ne fallait pas faire en transférant des patients vers les CHSLD pour garder le plus grand nombre de lits disponibles dans les hôpitaux. Des patients ont littéralement été envoyés vers la mort.

Mais cette tragédie des CHSLD est aussi le résultat de décennies de mauvaises décisions et de négligence, de tous les gouvernements, alors que les solutions de rechange étaient connues, mais qu’on a tardé à les mettre en place. Ainsi, tout le monde est d’accord pour dire qu’une grande partie de la solution pour les aînés passe par les soins à domicile, mais l’offre de services est nettement insuffisante et sous-financée.

Le Québec est donc la province canadienne qui compte le plus de personnes âgées en institution et dans la première vague de la COVID-19, près de 10 % des patients en CHSLD sont morts après avoir attrapé le virus, soit cinq fois plus que dans le reste du Canada. Ça mérite enquête.

Il faut aussi une enquête parce qu’on ne réussira pas à avoir tous les faits à coup de témoignages partiels, de rapports verbaux qui finissent par apparaître sur papier et d’une série de témoignages qui obscurcissent volontairement le tableau, comme on en a vu cette semaine.

Ensuite, il y a la réconciliation : regarder beaucoup plus loin parce que les problèmes liés au vieillissement de la population vont aller en s’accélérant. Les aînés qui auront besoin d’aide pour accomplir les actes de la vie quotidienne vont passer d’un peu plus de 315 000 aujourd’hui à 600 000 en 2050. Bref, en un peu plus d’une génération, ce nombre va doubler et il faudra être prêts.

Si on a un consensus sur le problème, on a de bien meilleures chances d’en avoir sur les solutions. Mais le gouvernement a décrété très rapidement que sa solution était la meilleure et a commencé la construction de « maisons des aînés » qui figuraient au programme de la CAQ.

Le gouvernement voulait agir rapidement pour pouvoir dire qu’il est passé en mode solution et remplir une promesse électorale attrayante. Sauf qu’on a appris depuis qu’un seul lit dans l’une des « maisons des aînés » coûtera environ 1 million de dollars quand tout sera compté.

On voudrait convertir toutes les places dans les CHSLD et les autres institutions apparentées d’ici 2038, a déjà indiqué le gouvernement. Il y en a actuellement environ 45 000 et il y en aura davantage à terme.

On parle donc d’un investissement pouvant atteindre plus de 50 ou 60 milliards sur moins de 20 ans, pour un projet qui est encore décrit, pour l’essentiel, dans un dépliant publicitaire de la CAQ. Dès juin 2020, alors qu’on n’était pas encore sortis de la première vague, le gouvernement annonçait 46 de ces projets. Est-ce vraiment la solution ? Est-ce qu’on pourrait faire mieux à des coûts plus bas ? Le gouvernement n’a pas cru bon de le démontrer.

Avant d’adopter cette solution, il faudra chercher les faits et se réconcilier avec eux. Il faut savoir ce qui s’est passé et bien prendre le temps d’examiner les solutions. Une commission d’enquête publique, crédible et avec des moyens reste encore le meilleur moyen de le faire.