André Duchesne LA PRESSE

Nous sommes dans les premiers mois de 1959. Micheline Lanctôt a presque 12 ans, termine sa 7e année et... est follement amoureuse du père Joao, un dominicain qu'elle côtoie. Alors que le Québec est témoin de la fin de l'époque duplessiste, la petite Micheline est plutôt sur un nuage sous un ciel bleu éclatant.

«Je n'ai rien vu de cette noirceur dont on parlait», a-t-elle dit, il y a quelques jours, à propos de son nouveau film, Pour l'amour de Dieu, qui sortira en salle le 2 septembre. Inspiré des souvenirs de jeunesse de la comédienne et cinéaste, le long métrage raconte l'histoire d'un amour interdit entre un père dominicain (père Malachy) et une religieuse (soeur Cécile) à travers les yeux d'une fillette (Léonie). «Un mélodrame dans le sens noble du terme», dit Micheline Lanctôt.

Mercredi dernier, celle-ci était de passage à la Grande Bibliothèque afin de participer au renouvellement de l'entente entre Bibliothèque et Archives nationales du Québec et la Cinémathèque sur le dépôt et la conservation des oeuvres audiovisuelles. Invitée à titre de cinéaste, elle a fait le premier dépôt officiel d'un film pour cette nouvelle entente de cinq ans.

En entrevue avec La Presse après la cérémonie, elle a convenu que si tous ses films (13) sont personnels, celui-ci l'est peut-être encore plus. «J'en suis particulièrement fière. C'était difficile de raconter quelque chose de si proche de moi», dit-elle.

Pour l'amour de Dieu est donc inspiré de cet amour pré-adolescent pour un religieux. Mais il est tout aussi teinté de la présence d'une enseignante, soeur Marie Olivier, que Mme Lanctôt a beaucoup appréciée. «Dans sa façon de travailler, c'était une enseignante très moderne. Le film honore la mémoire de ces deux personnes qui ont marqué ma vie», dit-elle.

Les sens en alerte

Le tournage du film a littéralement plongé la cinéaste 50 ans en arrière et a placé ses sens en alerte. «Durant les deux premières semaines de tournage, j'ai retrouvé beaucoup des odeurs, des sons de mon enfance, dit-elle. Par exemple, il y a ce son très particulier que font des centaines de personnes qui se lèvent en même temps dans une église.»

Les sons et les odeurs, mais les lieux aussi. «C'est le cas dans le confessionnal. Je ne me rappelais pas combien c'est étroit, un confessionnal. On se cognait partout là-dedans, dit-elle. Toutes ces impressions me revenaient constamment.»

Les trois rôles principaux sont défendus par de jeunes comédiens: Madeleine Péloquin (soeur Cécile), Victor Trelles Turgeon (père Malachy) et Ariane Legault (Léonie). Des comédiens de renom, parmi lesquels Lawrence Arcouette, Geneviève Bujold, Lynda Johnson, Marc Paquet, Jean-Pierre Lefebvre et Rossif Sutherland (fils de Donald Sutherland), complètent la distribution. La musique du film est signée Catherine Major.

Micheline Lanctôt a revu le père Joao il y a quelques années alors que le missionnaire est revenu au Québec pour célébrer ses 50 ans de prêtrise. Ce dernier n'a pas participé au projet du film, mais curieusement, il est mort trois jours après le tournage.

Le site web et la bande-annonce du film sont en ligne à pourlamourdedieu.ca