Publié le 19 févr. 2012
Philippe Renaud LA PRESSE

Avec 17 filles, les soeurs Delphine et Muriel Coulin ont réalisé un premier film passionné qui dépeint l'univers des adolescentes à partir d'un fait divers sociologique: une école secondaire du Massachusetts qui a connu une «épidémie» de grossesses qui a touché 17 filles. Ce n'était pas une coïncidence.

Les soeurs Coulin se sont d'abord senties interpellées par ce fait divers parce qu'il s'est déroulé dans un endroit très similaire à celui où elles ont grandi, dans le village côtier de Lorient, en Bretagne.

L'histoire vraie a eu lieu en 2008 à Gloucester, région qu'on dit très catholique de cet État américain de la côte Est, où 17 filles de 16 ans sont tombées enceintes.

«Déjà, l'histoire nous intéressait, mais son adaptation dans notre village breton ne nous semblait pas tirée par les cheveux, dit la réalisatrice. Surtout lorsqu'on a fait des recherches sur le web pour connaître l'endroit et ce qu'on disait de ces filles.»

«Ça nous semblait très, très proche de ce que nous avons connu: une ville portuaire, avec une industrie de la pêche en déclin, beaucoup de chômage... On a réalisé que le contexte était le même qu'à Lorient, où nous avons grandi. Cela dit, j'imagine que n'importe quelle autre ville où on grandit avec l'impression qu'on n'arrivera jamais à faire quelque chose de grand de sa vie aurait aussi pu convenir comme décor.»

Le film, gagnant d'un prix au Festival de Deauville et nommé pour la Caméra d'or au dernier Festival de Cannes, s'amorce alors que Camille (jouée par Louise Grinberg) tombe enceinte accidentellement. Son père est absent, son frère sert en Afghanistan, elle vit seule en appartement avec une mère qui travaille fort. On déduit que son sentiment de solitude motive finalement son choix de garder l'enfant.

Or, l'idée séduit sa petite tribu d'amies, qui rêvent toutes, par la suite, de tomber enceintes et d'élever ensemble leurs enfants dans une sorte de commune... Elles seront donc 17 à tomber enceintes, laissant leurs parents et professeurs perplexes et sans moyens.

Éviter les jugements

«Ce qui était clair, dès le début, c'est qu'on ne voulait absolument pas juger ces filles - les Américaines comme nos personnages, explique la réalisatrice. On voulait seulement donner des pistes de réflexion, soulever le genre de questions que se poseraient les parents, les professeurs, les garçons, pour que chacun puisse se faire son idée. Mais on ne pense pas qu'il y a une raison précise à cela. D'ailleurs, il y a mille raisons (et aucune) de faire des enfants et, a fortiori, de le faire en groupe.»

La motivation derrière le récit, dit Muriel Coulin, était d'explorer «cette volonté qu'ont eue ces filles, à un moment, de rêver à un autre monde, de se faire une espèce d'utopie collective. De dire pourquoi, à quel moment, chaque fille prend la décision d'adhérer au groupe nous semblait prosaïque. Et c'est pour ça qu'on a ces plans où on voit les filles seules dans leurs chambres, tantôt tristes, tantôt inquiètes, tantôt excitées. Chacune pouvait avoir sa raison de le faire ou pas. On ne voulait pas tomber dans le côté catho-moralisateur avec lequel on avait tenté de comprendre l'affaire aux États-Unis.»

Muriel a fait de la recherche pour tenter au moins de comprendre le phénomène américain et d'en dégager des pistes exploratoires pour le récit du film. Sa soeur Delphine, romancière avant d'être cinéaste, a plutôt usé de son imaginaire pour tracer un récit dans ce fait divers. Au moment de l'écriture du scénario, «on a mis ça en commun. J'amenais des éléments du réel, et Delphine brodait une histoire avec ça».

«Au bout du compte, pour ces filles, je crois que c'était plus une envie d'absolu, de changer le monde, indique Muriel Coulin. Avoir une voiture plus grosse que celle de son voisin, ce n'est pas l'avenir en soi. C'est ce qu'on a eu envie de transmettre dans notre film.»