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Ceux comme la terre: les Dénés et la décolonisation

Nicolas Paquet, réalisateur du documentaire Ceux comme la... (Photo Philippe Scutléty, fournie par la production)

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Nicolas Paquet, réalisateur du documentaire Ceux comme la terre, lors du tournage, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Photo Philippe Scutléty, fournie par la production

Au coeur du documentaire Ceux comme la terre, de Nicolas Paquet, le personnage principal, Dëneze Nakehk'o, fier membre de la Nation dénée, dit qu'à ses yeux le nom Territoires du Nord-Ouest ne veut rien dire.

«Ce n'est pas vraiment un nom. C'est une direction à partir d'Ottawa», balance-t-il.

Réflexion qui en dit bien plus long que des kilomètres de livres ou d'images sur les souffrances vécues par les nations autochtones à la suite de la signature d'accords pas du tout à leur avantage avec le gouvernement fédéral.

Concentrés autour du grand lac des Esclaves dans les TNO, les Dénés ont été les derniers à goûter à cette médecine. L'éloignement rebutait l'homme blanc, jusqu'à ce qu'il découvre l'immense potentiel en richesses naturelles et en pétrole de ce vaste territoire. C'était au début des années 1900...

Le reste, comme on dit, c'est de l'histoire. Que nous ne referons pas ici parce qu'elle est connue et qu'elle n'est pas précisément au coeur du film. Rappelons simplement que colonisation est synonyme de blessures profondes.

Guérissent-elles? Peut-être. Si c'est le cas, lentement. Très lentement même, la colonisation s'étant traduite par l'arrachement des valeurs ancestrales, culturelles et sociales des Dénés. Aujourd'hui, de braves membres de la communauté tentent de renverser la vapeur en remettant en valeur leur langue, leurs rituels, leurs façons de vivre. On peut appeler ça le mouvement lent de la décolonisation.

«Je ne voulais pas mettre l'accent sur les problèmes des communautés, mais sur des individus de tous les âges et toutes les professions qui essaient de réimplanter ces valeurs, explique M. Paquet en entrevue téléphonique. Ma première motivation était d'aller à la rencontre de ce peuple autochtone pour mieux comprendre son histoire et sa vision du monde.»

Créer un dialogue

Dans le meilleur des cas, M. Paquet espère aussi que son film créera un dialogue entre autochtones et non-autochtones, ce qu'on verra à l'usure et au fil des projections.

Originaire de la région de Québec, Nicolas Paquet a eu ses premiers contacts avec les nations autochtones et le cinéma en louant des cassettes VHS au village huron de Wendake. Double découverte qui aura des répercussions jusqu'à aujourd'hui.

Plus tard, en stage à Radio-Canada, il a eu à organiser une tournée des TNO pour une émission. Au cours de ses recherches, il a découvert le père René Fumoleau, un oblat qui, depuis 60 ans, se bat pour la survie des Dénés.

Sans que le film soit centré sur lui, le père Fumoleau nous présente son oeuvre, axée sur deux grands pivots: la rédaction de l'ouvrage Aussi longtemps que le fleuve coulera (éditions du Septentrion) et la prise de milliers de photos dont plusieurs se retrouvent dans le film.

Le père Fumoleau est un homme frêle et ralenti par les années. Mais, comme le dit le diction, il faut se méfier de l'eau qui dort.

«René est quelqu'un de radical, expose Nicolas Paquet. Il n'a jamais fait de compromis. Un jour, alors qu'il voulait publier un livre sur les Dénés, un éditeur américain s'est montré intéressé, mais il était rebuté par tous les mots dénés qu'il était incapable de lire. Le père Fumoleau n'a jamais voulu les enlever. Pour lui et pour l'ancien chef Bill Erasmus, ça faisait justement partie des efforts de décolonisation que de pouvoir utiliser leur langue.»

La disparition

Encore en début de carrière, Nicolas Paquet semble attiré par le thème de la disparition et de la perte. Son film précédent, La règle d'or, se penche sur la résistance de certains citoyens de Malartic (en Abitibi) à l'exploitation d'une nouvelle mine, ce qui a nécessité le déplacement d'une partie du village.

«Mon prochain film, un court métrage documentaire, portera sur la disparition des petites cabanes à sucre familiales dans ma région, à Saint-Alexandre-de-Kamouraska», ajoute M. Paquet. Une autre façon sans doute de montrer que l'éloignement augmente la vulnérabilité.




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