Au terme du tournage du vidéoclip Heart-Shaped Glasses, dans lequel ils devaient simuler une scène de sexe, Evan Rachel Wood a été pénétrée sans son consentement par Marilyn Manson, son partenaire de l’époque.

Publié le 24 janvier
André Duchesne
André Duchesne La Presse

« Je n’ai jamais consenti à cela. J’ai été violée à la caméra devant une équipe de tournage qui ne savait pas quoi faire. C’est la pire expérience que j’ai vécue », raconte-t-elle dans le troublant documentaire Phoenix Rising, dont la première partie a été présentée dimanche soir sur la plateforme en ligne du festival Sundance.

Réalisé par Amy Berg (Deliver Us from Evil, West of Memphis), le documentaire en deux volets sera présenté en mars sur la chaîne HBO.

Mme Wood, qui avait pour la première fois dévoilé avoir été violée dans une entrevue accordée à Rolling Stone en 2016, a rendu public le nom de son agresseur l’an dernier. Avec un mélange de détermination, de grande force et d’émotion, elle va encore plus loin dans ce film, où elle déballe tout son cheminement.

« Le temps est venu pour moi de dire la vérité, de dévoiler mon côté de l’histoire, a-t-elle dit dans une séance de questions/réponses au terme de la projection. Les gens croiront ce qu’ils voudront. Mon job n’est pas de les convaincre. Je ne mens pas. La seule chose que je peux faire est de dire la vérité. »

Dans certains aspects, Phoenix Rising fait écho à un autre documentaire présenté à Sundance ce week-end, We Need to Talk About Cosby, qui revient sur les nombreuses agressions sexuelles commises par Bill Cosby envers des femmes au fil des décennies de sa carrière.

Les deux œuvres font état des démarches qui ont été depuis entreprises aux États-Unis pour changer les lois et prolonger les délais de prescription permettant aux victimes d’agressions de porter plainte. Evan Rachel Wood a travaillé activement à faire changer la loi en Californie aujourd’hui appelée Phoenix Act.

Passages troublants

Certains passages du documentaire d’Amy Berg sont extrêmement troublants, difficiles à regarder. Evan Rachel Wood raconte que sur le tournage du vidéoclip, Manson l’a droguée à l’absinthe. Plus tard, il lui a ordonné de dire à des magazines que ce tournage avait été « romantique ».

PHOTO FOURNIE PAR LE FESTIVAL DE SUNDANCE

La réalisatrice Amy Berg

À l’époque, la jeune femme était à peine adulte, alors que Manson est de 19 ans son aînée. Elle est bien consciente que des gens vont lui reprocher de ne pas avoir agi avant, d’avoir attendu 10 ans avant de témoigner. Mais elle raconte qu’elle était beaucoup trop apeurée pour le faire.

Elle explique entre autres à quel point Manson, qu’elle qualifie de grand manipulateur, est devenu violent dans une tournée où elle l’accompagnait. « En tournée, il était dans son monde. Et dans ce monde, il est comme un dieu », dit-elle.

Un soir, dans une chambre d’hôtel où Manson casse tout, elle regarde, catastrophée, suppliante, un des membres de la tournée refermer la porte, la laissant seule avec le chanteur. « Je croyais que cet employé était un ami », ajoute-t-elle, peinée.

La comédienne revient aussi sur son enfance marquée par de violentes querelles entre ses parents et où ces derniers lui disent se disputer parce qu’ils s’aiment. Sara, la mère de la comédienne, est atterrée en se remémorant ces moments.

Silence de l'industrie

Depuis qu’elle a nommé Marilyn Manson comme son agresseur en 2021, d’autres femmes, dont l’actrice Esmé Bianco, sont sorties de l’ombre pour porter des accusations similaires à l’endroit du chanteur. La police a ouvert une enquête, a fait une perquisition chez Manson, mais n’a toujours pas porté d’accusations. Dans une lettre à la production, les avocats de Manson rejettent toutes les accusations.

Dans la séance de questions/réponses qui a suivi la présentation, la documentariste Amy Berg a de son côté dénoncé le silence de l’industrie.

« Cette histoire est importante du fait qu’elle montre comme les choses peuvent déraper au sein d’une communauté, dit-elle. Nous avons rencontré beaucoup de résistance, uniquement pour faire libérer des droits musicaux, en faisant le film. Tout cela parce que des gens continuent à protéger Brian Warner [le vrai nom de Manson] et ne veulent aucunement être mêlés à n’importe quoi qui pourrait le choquer. »