L’annonce de la fermeture des salles de cinéma pour 28 jours dans les zones rouges irrite considérablement les exploitants qui rappellent à l’unisson l’absence de cas et d’éclosion de COVID-19 dans leurs édifices.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

« Je ne comprends pas le choix de fermer les salles de spectacles et de cinéma alors qu’on n’y a pas recensé de cas », lance Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma du Québec. C’est documenté ! Je comprends qu’on doit faire un effort collectif, mais les éclosions ne partent pas des cinémas. »

« Sincèrement, je suis sous le choc, lance Chantal Pagé, présidente et fondatrice de Maison 4 : 3, une jeune compagnie de distribution très active qui a entre autres distribué le long métrage Nadia Butterfly. Je pensais qu’on réduirait le nombre de sièges autorisés, mais pas qu’on ferme les salles, alors que les règles de distanciation sont respectées et qu’il n’y a pas d’éclosion de cas. »

« On a fait tout ce qu’il fallait et un peu plus pour s’assurer d’avoir des mesures exemplaires. On les a ajustées pour les resserrer un peu et ça va super bien. On est pénalisé même si on fait ce qu’il faut, dit Mario Fortin des salles de cinéma Beaubien, du Parc et du Musée. Je connais plusieurs restaurants qui font très bien l’affaire, mais là, tout le monde passe dans le tordeur. J’ai l’impression qu’on est pénalisés pour les autres. »

Les autres, ce sont notamment les bars où des cas d’éclosions sont documentés, comme le rappelle Vincent Guzzo de la chaîne de cinémas du même nom.

« On est dans le champ, mais que voulez-vous que je vous dise. On réagit à la perception et non à la réalité. C’est illogique. On pointe les bars du doigt et on ferme restaurants, salles de spectacle et cinémas. Mais les centres d’achat restent ouverts. »

Le FNC sera en ligne

Le Festival du nouveau cinéma (FNC) dont la 49e édition doit s’amorcer le 7 octobre, maintiendra ses activités, mais évidemment doit faire son deuil des présentations en salles.

« Certains distributeurs nous avaient offert leurs films pour une présentation en salle, mais pas en ligne. On doit donc voir quels seront les ajustements à faire, dit le directeur général Nicolas Girard Deltruc. Le dévoilement de notre programmation qui devait avoir lieu ce matin est repoussé à jeudi. « L’enjeu qu’il nous reste à régler est le ciné-parc au stationnement P11 de l’aéroport Montréal-Trudeau. On veut essayer de le sauver. On doit avoir l’assurance de pouvoir l’opérer. »

La fermeture des salles pour 28 jours pourrait par ailleurs avoir un impact sur l’offre disponible, relève Éric Bouchard. « On risque d’avoir un problème d’approvisionnement, dit ce dernier. Un distributeur québécois qui n’a pas de films à Montréal ou Québec aura-t-il envie de lancer son film quand même ? »

Le distributeur Tim Ringuette qui préside les destinées d’Entract Films et Chantal Pagé sont tous les deux conscients de cette problématique et devront prendre des décisions importantes dans les prochains jours.

« On vient de lancer La déesse des mouches à feu qui a fait 85 000 $ à son premier week-end, en tête du box-office québécois, dit M. Ringuette. En plus, nous avons constaté que le film avait attiré beaucoup de jeunes spectateurs, eux qui s’étaient éloignés du cinéma québécois. On a donc une décision très dure à prendre au niveau de la distribution. Je pense à la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean où le film a très bien fait (l’autrice du roman qui a inspiré le film, Geneviève Pettersen, vient de cette région : NDLR). Je vais parler avec les propriétaires de salles. Il ne faut pas les laisser tomber. »

« Si on enlève tous nos films du circuit parce qu’il est impossible de les projeter à Montréal et Québec, il va rester quoi aux exploitants des régions, demande Chantal Pagé. Ma crainte est que certains ferment définitivement. On a besoin des salles qui sont un maillon important de l’industrie. »

Chose certaine, les distributeurs n’ont pas à prendre des décisions unilatérales à tout le Québec. La distribution se fait cinéma par cinéma, dit Tim Ringuette.

Il semble enfin que le film My Salinger Year de Philippe Falardeau, qui devait sortir en salles le 23 octobre après avoir fait la clôture du FNC, est reporté à une date ultérieure.