(Toronto) Le documentaire 76 Days (76 jours), intitulé en référence à la durée du confinement de la ville chinoise de Wuhan, a été présenté lundi au festival international du film de Toronto en avant-première, le premier du genre à s’inviter dans les salles obscures.

Agence France-Presse

Le film monté dans un style brut, sans voix-off ni d’entrevue face caméra, dévoile des images, tournées par deux réalisateurs chinois, de citoyens arrivant terrifiés à l’hôpital et de médecins s’effondrant d’épuisement face au virus.

Le réalisateur new-yorkais Hao Wu (People’s Republic of Desire) a contacté les deux cinéastes — dont l’un est anonyme pour des raisons de sécurité —, après avoir été témoin du confinement précoce de la Chine en rendant visite à sa famille pour le Nouvel An chinois.

Les images témoignent d’un accès remarquable, en première ligne face au chaos des premières semaines de la COVID-19, mais au prix de risques personnels importants.

« C’était une expérience de tournage horrible, y compris pour eux », a indiqué Hao Wu à l’AFP. « C’était comme tourner en zone de guerre », a-t-il affirmé.

Une motivation personnelle a également poussé Hao Wu à mener le projet à son terme : son grand-père est décédé du cancer, sans avoir pu finir sa vie sur un lit d’hôpital, les établissements fonctionnant à flux tendu face à la COVID-19.

« Au début, j’étais en colère contre le gouvernement chinois. Je voulais savoir qui était en faute, ce qui avait causé ça », a confié le réalisateur.

Toutefois, une fois que la pandémie s’est propagée, le désir de documenter comment « les êtres humains traversent cette expérience, comment nous pouvons la partager », l’a emporté sur celui de blâmer.

Malgré la gestion contrôlée de Pékin sur l’information, l’accès était d’une certaine façon plus facile en Chine, selon M. Wu qui a été confronté à des obstacles relevant de la protection de la vie privée lors de ses tournages dans les hôpitaux de New York.

Les hôpitaux de Wuhan, qui manquaient d’équipements de protection individuelle, ont accueilli favorablement les tournages y voyant une occasion d’obtenir plus de dons et de bénévoles, selon le réalisateur qui « aimerait beaucoup » que son film soit diffusé en Chine.

Il n’est toutefois pas certain que le documentaire y sera diffusé, alors que Pékin a été accusé par le président américain Donald Trump d’avoir « dissimulé » la gravité de l’épidémie à son début en Chine.

La métropole de Wuhan et ses 11 millions d’habitants avaient été la première ville au monde à être confinée à cause du coronavirus entre fin janvier et avril.

La pandémie provoquée par le nouveau coronavirus a fait au moins 924 968 morts dans le monde depuis fin décembre, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles lundi à la mi-journée.

Plus de 29 millions de cas de contamination ont été diagnostiqués.