(New York) Ce n’est pas la première fois que le film classique de Spike Lee Do the Right Thing paraît aussi actuel, mais le long métrage de 1989 trouve à nouveau toute sa pertinence en écho au tragique décès de George Floyd.

Jake Coyle
Associated Press

Lundi, le réalisateur afro-américain a dévoilé un court métrage intitulé 3 Brothers, dont le synopsis lie la mort du personnage de Radio Raheem (interprété par Bill Nunn), dans Do the Right Thing aux destins funestes de George Floyd et de Eric Garner. Deux victimes décédées aux mains de policiers blancs aux États-Unis.

George Floyd a été tué la semaine dernière par un policier blanc de Minneapolis, au Minnesota. L’agent lui a écrasé la nuque en s’agenouillant sur son cou et en maintenant sa position durant plusieurs minutes pendant que M. Floyd appelait à l’aide en disant qu’il n’arrivait plus à respirer.

Dans le cas d’Eric Garner, son cri de détresse est devenu un slogan contre la brutalité policière alors qu’il répétait « I can’t breathe » (Je ne peux pas respirer) jusqu’à ce qu’il succombe aux mains d’un policier new-yorkais en 2014.

À l’écran du film de Spike Lee apparaît la question suivante : « L’histoire va-t-elle cesser de se répéter ? »

« J’ai déjà vu cela. Ce n’est pas nouveau », a commenté le cinéaste en entrevue.

« Je suis né en 1957, alors j’avais 11 ans quand j’ai été témoin des émeutes en réaction à l’assassinat de Dr Martin Luther King, puis, plus tard, celles qui ont suivi la mort de Rodney King et le verdict de la cour de Simi Valley, l’affaire Trayvon Martin et Ferguson. »

« Les gens en ont assez et ils prennent la rue », a poursuivi Spike Lee.

Le scénario de Do the Right Thing, qui traite de tensions raciales par un jour de canicule dans un quartier de Brooklyn, s’inspirait de la réalité. Dans le film, le personnage de Radio Raheem meurt étouffé par un policier ce qui déclenche une émeute.

À l’époque, Spike Lee avait imité la prise d’étranglement utilisée par les policiers de New York lors du meurtre de l’artiste graffiteur Michael Stewart, 1983. Le film avait d’ailleurs été dédié à la famille de M. Stewart, ainsi qu’à celles de nombreux autres Noirs tués aux mains des forces de l’ordre.

« Sa mort n’est pas juste une invention. Plusieurs années plus tard, l’affaire Eric Garner, automatiquement j’ai pensé à Ray Raheem, a confié Spike Lee. Puis, voir mon frère George Floyd. Je veux dire, il citait Eric Garner : “I can’t breathe”. Il pensait à Eric Garner. J’en suis convaincu. »

Bien qu’il observe l’histoire se répéter, il note un élément des émeutes d’aujourd’hui qu’il estime nouveau.

« Je suis encouragé par la diversité des manifestants. Je n’ai jamais vu autant de diversité dans une manifestation depuis mon enfance. Ça m’encourage de voir les frères et les sœurs de ma femme dans la rue », souligne l’artiste.

« L’espoir de ce pays, c’est cette jeune génération d’Américains de la diversité qui ne veulent pas perpétuer la même merde dans laquelle leurs parents et leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents étaient coincés », analyse le prolifique cinéaste qui dit garder espoir.