Notre journaliste s’intéresse aux films québécois, d’auteur et aux documentaires.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

1. Soleils noirs, de Julien Elie

À notre humble avis, c’est le film de l’année. Et le plus triste aussi. Ce saisissant documentaire québécois explore le côté sombre du Mexique, pays miné par les assassinats, les enlèvements, les disparitions, tous reliés aux cartels de la drogue. Tourné en noir et blanc, le film ne sombre jamais dans le voyeurisme ou le larmoiement. Au contraire, il fait corps avec les parents et les proches des victimes qui souffrent en silence. Notre seul regret : lui avoir accordé, au moment de la critique, quatre étoiles alors qu’il en méritait quatre et demie.

2. 1917, de Sam Mendes

Un condensé en deux heures de toutes les horreurs inhérentes aux quatre ans de la Première Guerre mondiale. À travers la mission périlleuse de deux soldats anglais dans le nord de la France, 1917 est une évocation implacable du quotidien anxiogène, dégoûtant et affolant des soldats. Présenté en un seul plan-séquence (mais avec plusieurs prises, selon ce que l’on comprend du making of), ce film est un morceau d’anthologie à ranger avec Dunkirk de Christopher Nolan. En sortie limitée cette année (pour les galas), le film sera en salle le 10 janvier au Québec.

3. Honeyland, de Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov

Ce documentaire macédonien est un véritable film d’art tant dans sa narration que sa direction photo, son dosage de la lumière que ses cadrages. Certaines scènes semblent tout droit sorties du Moyen Âge. Alors que nous sommes bien dans le présent. Plus précisément dans un village abandonné de la Macédoine où une apicultrice taciturne vit avec sa mère. Soudain, le capitalisme sauvage, représenté par une famille turbulente et envahissante, s’installe à côté de chez elle.

4. Woman at War, de Benedikt Erlingsson

Dans le rôle d’Halla, la comédienne Halldora Geirharosdottir porte sur ses épaules cette convaincante, dramatique et souvent comique saga écologiste campée dans les paysages lunaires, rugueux et majestueux de l’Islande. Chef de chœur dans sa vie quotidienne, Halla profite de ses temps libres pour fomenter des attentats destinés à faire échec à l’industrialisation. Jusqu’au jour où elle apprend que sa demande d’adoption a été acceptée. Un brillant scénario pétri d’humanité et d’un soupçon de surréalisme.

5. Pupille, de Jeanne Henry

Brailler sa vie est une expression qui colle parfaitement à ce drame français pour lequel les principaux acteurs, Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez et quelques autres, ont tout donné. À travers une simple histoire d’adoption, le film nous plonge avec une incroyable empathie dans le quotidien des travailleurs sociaux. Il illustre avec autant d’acuité les sentiments déchirants que peuvent vivre une mère qui laisse son enfant et des couples en attente de devenir parents adoptifs. Un récit poignant comme on en voit rarement.

6. Ad Astra, de James Gray

Il faut remonter à 2001 : A Space Odyssey (1968) de Stanley Kubrick pour retrouver un film d’exploration spatiale porté par une aussi puissante charge philosophique et poétique. Oui, on est très, très loin de Star Wars. Nous sommes plutôt dans un futur proche où l’astronaute Roy McBride (Brad Pitt) doit se rendre autour de Neptune dans l’espoir de retrouver son père. Ces retrouvailles pourraient permettre de faire échec à une menace qui pèse sur l’humanité. C’est froid, clinique, lent, mais aussi politique et écologiste. Du grand art.

7. Une colonie, de Geneviève Dulude-De Celles 

Le premier long métrage de Geneviève Dulude-De Celles aborde un sujet vu mille fois : le passage de l’enfance à l’adolescence à travers les yeux et l’âme d’une jeune fille entrant au secondaire. Or, le chemin utilisé est brillant parce qu’il déconstruit de manière subtile le vieil adage voulant que « qui se ressemble s’assemble ». Personnage effacé et cherchant ses repères alors que sa famille éclate, Mylia (Émilie Bierre) apprend à mieux se connaître et à prendre sa place en côtoyant des jeunes qui sont différents et davantage capables de s’affirmer qu’elle. Le jeu d’Émilie Bierre contribue largement au succès de ce film très bien écrit.

8. Mad Dog Labine, de Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard

Fait avec un budget famélique et deux bouts de ficelle, ce premier long métrage de deux jeunes cinéastes québécois nous a pourtant chaviré. Une deuxième écoute a consolidé notre première impression. À travers le regard de Lindsay (Ève-Marie Martin), le film se veut une percutante et héroïque chronique de l’abandon. Et à travers le sort de Lindsay, c’est celui de tout le Pontiac, une région de l’Outaouais où elle vit, qui est mis en lumière. Savant mélange de fiction et de documentaire, le film met en scène plusieurs acteurs non professionnels, dont Ève-Marie Martin. Respect !

9. Leto, de Kirill Serebrennikov

Long métrage musical russe, ce film projeté entre autres à la Cinémathèque québécoise est passé pratiquement inaperçu. Et c’est dommage pour plusieurs raisons, à commencer par le fait que l’œuvre aborde un sujet rarement vu au cinéma : l’émergence d’une culture rock à Leningrad, en Union soviétique, quelques années avant l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev. Inspiré de la vie de quelques musiciens rock, ce film en noir et blanc est dangereusement efficace dans sa mise en scène, son ambiance hors du commun et toute l’atmosphère underground qui y règne.

10. Varda par Agnès, d’Agnès Varda

Le dernier film d’Agnès Varda, disparue en mars dernier, nous est arrivé début décembre comme un cadeau de Noël. Film bilan, rétrospectif, autobiographique, Varda par Agnès est, au-delà de ces épithètes, une leçon de vie et de cinéma. La cinéaste revient sur les grands moments de sa carrière constituée autant de documentaires que de fictions, de reportages photographiques que d’installations. La grande cinéaste raconte cela avec sa voix douce et sans un gramme de prétention. Probablement parce qu’avant d’aimer son métier de tout son cœur, elle a adoré l’ensemble de sa vie et tout ce qu’elle a mis sur son chemin.