Le Festival du nouveau cinéma projette vendredi un nouveau documentaire de John Blouin, Vaillancourt : Regarde si c’est beau. Une esquisse intimiste et impressionniste du sculpteur québécois Armand Vaillancourt, toujours passionné et encore solide comme un chêne, à l’âge de 90 ans.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

À la fin du film Vaillancourt : Regarde si c’est beau, le réalisateur John Blouin (Filmstripe, Lou, la Vie !, El Paysan) et le sculpteur se promènent au bord d’un ruisseau, terrain de jeu d’Armand Vaillancourt durant son enfance. Ce dernier se remémore des souvenirs d’escapades, puis il remonte dans un champ après avoir escaladé un grand plan incliné jonché de feuilles, de boue et de roches.

Avec sa force de titan et sa grande crinière blanche qui lui donne des airs christiques, Armand Vaillancourt parvient au sommet avec agilité, comme s’il avait 20 ans. C’est à peine si on l’entend souffler. « Je suis un grimpeux », assure-t-il. Impressionnant.

En entrevue avec La Presse, hier, le sculpteur a confié que sa force venait de ses bons gènes. « Mes parents étaient solides, dit-il. Mon père était très fort. Une force tranquille. »

On connaît Armand Vaillancourt, le sculpteur d’œuvres monumentales, l’artiste tenace et engagé maintes fois récompensé. Son dévouement social et politique, récurrent depuis les années 50, est bien documenté. Mais l’homme et ses racines ? Les sources de son énergie ? John Blouin, qui l’a côtoyé pendant huit ans pour réaliser ce documentaire, a percé la carapace d’Armand Vaillancourt pour le dévoiler comme jamais auparavant.

Ça a pris tout ce temps pour arriver à une sorte d’essence de cet artiste. Cela a pris aussi une certaine confiance, du respect et même de l’amitié afin de le mettre en scène autant qu’il est possible de le faire !

John Blouin

Le documentaire donne toute la place à l’artiste, le seul ou presque à parler dans ce film qui révèle l’Armand Vaillancourt rural. Celui qui évoque, avec une belle élocution, ses expériences avec des animaux de ferme, des bêtes à cornes, des chevaux, un poulailler. Et son amour de la nature, aussi.

Il saisit une fleur de pissenlit, s’émerveille de sa beauté comme de sa structure qui a inspiré, explique-t-il, Buckminster Fuller pour sa Biosphère. Il parle de ses multiples rencontres avec de jeunes élèves pour leur faire profiter de ses connaissances et de son expérience de la vie. Même s’il déclare que c’est lui qui en apprend lors de ces moments avec des jeunes.

Travailler dans les écoles est une source infinie de connaissances. Les jeunes sentent mes vibrations. Je ne les rencontre pas pour en faire des sculpteurs, mais des gens responsables. Dans les écoles, aujourd’hui, ils coupent la musique et les arts visuels. Ils font des robots.

Armand Vaillancourt

Combattant sensible, Vaillancourt rugit encore (même contre le réalisateur, dans le film !), rage contre ceux qui « ont essayé de tuer [sa] créativité à cause de [ses] implications politiques » et regrette qu’on ait souvent bridé ses désirs.

« S’ils avaient su se servir de moi, j’aurais changé la surface de bien des choses », affirme-t-il dans le film. En entrevue, il proteste de n’avoir « jamais eu de subventions » à cause, selon lui, de ses allégeances indépendantistes.

« Tout le monde pense que je suis un dur à cuire alors que je suis plutôt dur à cuire ! », dit-il en riant.

Hier après-midi, près du parc du Pélican, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, Armand Vaillancourt a dévoilé une de ses dernières créations. Une grande œuvre en fonte, noire comme du charbon, intitulée Ma vie pour un pays et installée sur la nouvelle place Pierre-Falardeau. « Mon premier contrat d’art public à Montréal depuis que j’y habite, soit 1951 », a-t-il lancé à la foule lors de la présentation de son œuvre.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

L’artiste Armand Vaillancourt lors de l’inauguration de son œuvre Ma vie pour un pays, hier après-midi, près du parc du Pélican dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

Il a beau être amer et déplorer un manque d’intérêt à l’égard de son œuvre, Armand Vaillancourt a encore plein de projets dans la tête. Des commandes pour d’autres inaugurations. Et suffisamment d’œuvres et de maquettes, entassées dans sa grande maison de Montréal, pour étoffer n’importe quelle rétrospective qu’on pourrait lui consacrer. Mais il n’attend rien de personne, dit-il, et continue son chemin, sans même se préoccuper du temps qui passe de plus en plus vite.

Dans le documentaire, il affirme sans ambages vouloir « être jeune toute [sa] vie ». Et ajoute : « Plus je suis vieux, plus je suis fort dans ma tête. »

Vaillancourt : Regarde si c’est beau, au Cinéma du Parc, vendredi à 17 h 30 dans le cadre du FNC, et à l’affiche au Québec à partir du 29 novembre.