Un pilote d'avion toxicomane réussit un sauvetage miraculeux même en ayant consommé alcool et cocaïne avant de monter à bord. La collection de Denzel Washington s'enrichit d'un autre personnage fort et complexe.

Marc-André Lussier LA PRESSE

Réglons d'abord une chose. Flight n'a finalement rien à voir avec Piché - Entre ciel et terre. Quand le projet fut annoncé, plusieurs observateurs ont pourtant trouvé des similitudes entre l'histoire du commandant Robert Piché, qui a inspiré le film à succès de Sylvain Archambault, et celle, complètement fictive, que l'éminent cinéaste hollywoodien Robert Zemeckis s'apprêtait alors à porter à l'écran.

Même s'ils ont un sauvetage miraculeux en commun, il appert que les deux longs métrages sont très différents. Principalement dans leur approche. Dans Flight, l'événement survient très tôt dans le film afin de concentrer l'histoire sur les problèmes de toxicomanie du protagoniste. Denzel Washington se plaît d'ailleurs à dire que Whip Whitaker, le personnage qu'il campe dans ce film, exercerait n'importe quel autre métier que son cheminement serait le même. Flight est d'abord et avant tout l'histoire d'un toxicomane en déni total de sa condition.

«J'aime les personnages qui ont des failles, a déclaré l'acteur au cours d'une conférence de presse tenue la semaine dernière à Los Angeles. Là, j'ai été bien servi! Flight m'a aussi permis de vivre une véritable aventure, dans la mesure où l'on m'a fait travailler dans des simulateurs afin que je puisse me tenir derrière un poste de pilotage de façon un tant soit peu crédible. Mais la scène la plus difficile à tourner pour moi fut celle où Whip se rend saoul à la maison de son ancienne femme, et qu'il se bat avec son fils adolescent. Ç'a été dur.»

Un dilemme moral

Les abus de consommation du personnage sont au coeur du film. Ils sont aussi la source d'un dilemme moral auquel le spectateur fait directement face. Malgré sa dépendance à l'alcool et à la drogue, Whip parvient en effet toujours à sauver les apparences. C'est dire qu'il fonctionne à peu près «normalement» en société. Son équipage est bien au fait du problème, mais comme l'homme affiche un talent exceptionnel pour le pilotage, sans parler de son charme fou, on préfère fermer les yeux.

Le premier moment de vérité survient quand un court vol entre Orlando et Atlanta se transforme en véritable cauchemar. Après avoir traversé un orage et de très fortes turbulences, Whip doit gérer un bris mécanique très grave qui fait piquer l'avion du nez. L'écrasement semble inévitable. N'eût été le sang-froid et une manoeuvre très audacieuse du commandant Whitaker, il est certain que la totalité des passagers et des membres d'équipage auraient perdu la vie. L'atterrissage d'urgence dans un champ aura quand même fait six victimes.

Une offense criminelle

Bien évidemment, l'enquête démontrera vite que même s'il n'y a pas de lien apparent entre le trouble mécanique et la condition physique du pilote, ce dernier était quand même sous l'effet de l'alcool et de la coke au moment de l'événement. La loi étant très claire et très stricte à cet égard, le héros national risque maintenant de croupir en prison. Pour longtemps.

«Nous avons beaucoup discuté de la nature ambiguë de cette question, affirme Robert Zemeckis. Il se trouve que Whitaker a réussi une manoeuvre miraculeuse pour sauver la vie de 96 personnes. Comme le souligne l'avocat qu'interprète Don Cheadle, même les 10 pilotes chargés de recréer les mêmes conditions de vol en simulation aux fins de l'enquête ne sont jamais parvenus à sauver cet avion. Est-ce à dire que le fait qu'il ait consommé de l'alcool et de la cocaïne y était pour quelque chose? On ne peut évidemment pas suggérer cela. Car le fait est que de se pointer derrière un poste de pilotage avec des facultés affaiblies est une offense criminelle extrêmement grave, qui peut entraîner une peine de prison.»

Construit comme un thriller, le scénario de John Gatins s'attarde à décrire le cheminement d'un homme qui tentera de repousser le plus tard possible l'échéance de son autre moment de vérité, c'est-à-dire celui où il reconnaîtra enfin sa toxicomanie. Ce faisant, il entraîne le spectateur dans une zone délicate. Ce dernier en vient presque à souhaiter un passe-droit pour Whitaker.

«Personnellement, j'estime que cet homme a une grande dette à payer envers la société, dit Denzel Washington. Cela dit, je n'ai pas à indiquer au spectateur ce qu'il doit penser. Chacun retire d'une histoire ce qu'il a à en retirer. Mais j'aime l'idée que les gens se mettent à encourager un personnage pour se rendre compte ensuite qu'ils ne devraient pas le faire! J'ai comme l'impression que les gens vont beaucoup discuter à la sortie. Et je trouve cela très bien.»

Flight (Vol en version française) prend l'affiche le 2 novembre.

Les frais de voyage ont été payés par Paramount Pictures.