Les nouveaux tarifs ont été adoptés en catimini par les élus, l'an dernier, pour financer la réfection des routes de plus en plus fréquentées de la «Beltway», la banlieue entourant Washington.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault

Les nouveaux tarifs ont été adoptés en catimini par les élus, l'an dernier, pour financer la réfection des routes de plus en plus fréquentées de la «Beltway», la banlieue entourant Washington.

Les frais supplémentaires sont réclamés lors du renouvellement de l'immatriculation des véhicules, et ne font donc pas techniquement partie de la contravention. Cette solution innovatrice est déjà utilisée par deux autres États, selon Doug Mataconis, un avocat de Virginie qui fait campagne contre la mesure.

La controverse permet de faire le point sur l'une des grandes inconnues de la conduite automobile: les contraventions dissuadent-elles les excès de vitesse? Une étude parue l'hiver dernier, basée sur des données du Maryland, l'autre État de la Beltway, conclut que non. Mais les épidémiologistes de l'Université du Maryland avancent qu'une nouvelle approche, la «probation», promet beaucoup.

«La probation permet à un juge de suspendre l'application des points d'inaptitude à un conducteur, en autant qu'il ne fasse pas d'autre excès de vitesse dans l'année suivante», explique Jingyi Li, auteur principal de l'étude parue en février dans la revue Traffic Injury Prevention. «Ça évite des hausses d'assurance. L'effet est beaucoup plus grand que la simple contravention. Éviter des coûts futurs semble avoir un effet motivateur très important.»

L'étude a suivi plus de trois millions d'automobilistes pendant un an, à partir de mai 2002. Aucun des cobayes n'avait reçu de contravention pour excès de vitesse pendant l'année précédente (2001-2002), de manière à exclure les délinquants chroniques. Environ 0,4% d'entre eux ont été arrêté pour excès de vitesse en mai 2002, recevant une probation (29%), une contravention (61%) ou un avertissement (10%). L'efficacité de ces trois méthodes a été comparée au dossier de conduite des autres cobayes.

Les contraventions étaient particulièrement mal adaptées: elles augmentaient de 60% le risque d'être pincé à nouveau pour un excès de vitesse. Les probations étaient plus efficaces: le risque diminuait de 20%. Détail intéressant, les contraventions augmentaient moins le risque de récidive chez les jeunes (25% chez les 17-20 ans) que chez les personnes d'âge mûr (80% chez les 30-59 ans). Il faut dire que les jeunes ont 2,5 fois plus susceptibles d'être pincés pour excès de vitesse que les plus de 30 ans. Les femmes étaient un peu plus conciliantes que les hommes quand elles se faisaient pincer.

L'efficacité des probations a surpris le Dr Li. «Il est possible que ce soit à cause de l'image du juge. Ou alors, de la quantité de temps qu'il faut consacrer à son dossier pour avoir une probation et éviter les points d'inaptitude. Nous voulons aussi vérifier si les caractéristiques démographiques des gens qui demandent et obtiennent une probation expliquent cette différence.»

Le Dr Li, qui est d'origine chinoise et fait son doctorat en épidémiologie, a eu l'idée de l'étude en arrivant aux États-Unis. «Quand j'ai commencé à conduire ici, j'étais très précautionneux. Je ne voulais pas dépasser les limites de vitesse. J'étais frappé par le fait que tout le monde les dépassait. En Chine, il y a tellement de congestion qu'il n'y a pas d'excès de vitesse.»

Quant à la nouvelle loi en Virginie, elle fait l'objet de contestations judiciaires discutées dans les revues de droit. «Des avocats veulent contester sa constitutionnalité parce qu'elle ne s'applique qu'aux résidents de Virginie, dit Me Mataconis. Personnellement, je n'ai pas grand espoir que ça aboutisse. Mais il est clair que la communauté légale est indisposée: un juge vient notamment de déclarer qu'elle pourrait inciter les pauvres à conduire sans enregistrement, faute de pouvoir payer.»