Roland de Courson

Le PDG de Nissan, Carlos Ghosn, a essuyé son premier revers depuis son arrivée à Tokyo en 1999, reconnaissant une «crise de performance» du deuxième constructeur automobile nippon, après avoir dû renoncer à réaliser un nouveau bénéfice record cette année.

Entre octobre et décembre, Nissan a vu son bénéfice net chuter de 22,6% et son bénéfice d'exploitation de 16,6% sur un an, principalement à cause de méventes en Amérique du Nord, un marché crucial sur lequel son principal concurrent nippon Toyota réalise de remarquables performances.

Du coup, Nissan prévoit que son bénéfice pour l'ensemble de l'exercice 2006-2007 reculera de 12,6%, alors qu'il tablait au départ sur une modeste hausse de 1% par rapport au record --le sixième consécutif-- atteint en 2005-2006.

«Pour la première fois depuis 1999, les risques ont été plus élevés que les bonnes occasions», a reconnu M. Ghosn, qui a annoncé son premier avertissement sur résultat depuis son arrivée il y a huit ans à la tête du groupe.

«Il n'est pas dans la culture de Nissan de ne pas respecter ce qui a été prévu, particulièrement en ce qui concerne les bénéfices», a-t-il admis depuis Paris, lors d'une visio-conférence avec des journalistes à Tokyo.

«Nous ne prenons pas cela à la légère. (...) Cela nous amène à nous poser de véritables questions», a-t-il avoué.

Depuis mai 2005, M. Ghosn est également le patron du français Renault, dont l'alliance avec Nissan en 1999 a sauvé le japonais de la faillite. Renault possède 44,3% de Nissan, lequel contrôle 15% de Renault.

Entre octobre et décembre, Nissan a vendu dans le monde 795.000 véhicules, soit 3% de moins qu'un an plus tôt.

C'est surtout l'Amérique du Nord qui a déçu: les ventes en volume y ont décliné de 6,9% pour les neuf mois d'avril à décembre.

«Nos actions de marketing et de ventes n'ont pas été assez fortes, pas assez efficaces», a poursuivi le PDG;

«En Amérique du Nord, Nissan n'a lancé aucun nouveau modèle pendant quinze mois, et la marque de luxe Infiniti aucun nouveau modèle pendant dix-huit mois. Ce n'est pas bon, mais c'est un fait», a expliqué lors d'une autre conférence de presse un des responsables financiers de Nissan, Joji Tagawa.

Certains analystes estiment toutefois que cette panne, forcément provisoire, de nouveaux modèles, n'explique pas à elle seule le faux pas de Nissan.

«Certes, la principale raison est le faible nombre de lancements de nouveaux modèles», souligne Tetsuya Mizuno, analyste chez Fitch Ratings à Tokyo.

«Mais dans le même temps, il y a eu ces changements stratégiques dans le management : Carlos Ghosn est maintenant PDG de deux entreprises, et il a peut-être moins de temps qu'avant à consacrer à Nissan», relève-t-il.

Selon ce spécialiste du secteur automobile, Nissan a franchi avec succès l'étape de son redressement, «mais maintenant la direction doit proposer de nouvelles stratégies, lesquelles devraient être différentes du passé».

«Une de ces stratégies aurait pu être une alliance avec General Motors, mais cela n'a pas marché. Maintenant nous allons voir ce que Nissan va être capable de faire, à la place de cette alliance, pour se mesurer à des concurrents aussi forts que Toyota ou Honda», avertit M. Mizuno.