Pour sa première visite au Canada, Scott Keogh, président et chef de la direction de Volkswagen des Amériques, est arrivé les mains vides. Les poches aussi. Pourtant, la filiale nord-américaine de VW claironnait, il y a quelques semaines, des investissements de quelque 7 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Ceux-ci sont destinés exclusivement au Mexique et aux États-Unis. Pour le Canada ? Rien.

Publié le 21 mai
Éric LeFrançois
Éric LeFrançois Collaboration spéciale

Le principal intéressé s’en excuse presque et s’empresse d’ajouter qu’il demeure à l’affût « d’occasions favorables pour investir au Canada ». Pour l’heure, Volkswagen intensifie surtout son entente avec Electrify Canada dans la construction de nouvelles infrastructures de recharge rapide et résidentielle.

L’ID.4 se rapproche

L’air de rien, les placements de Volkswagen profiteront indirectement aux consommateurs canadiens. En effet, une part importante de ces sommes sera consacrée à l’usine américaine de Chattanooga dans le Tennessee, laquelle assemblera, à partir de l’automne, l’ID.4 destiné aux marchés américain, canadien et mexicain. Jusqu’ici, l’approvisionnement nord-américain de cet utilitaire 100 % électrique provenait exclusivement des installations de Zwickau, en Allemagne. Celle-ci, d’une capacité annuelle de quelque 300 000 unités, peinait à satisfaire à la demande mondiale.

PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN

Les délais d’attente pour le Volkswagen ID.4 peuvent atteindre dans certains cas plus de deux ans.

L’usine de Chattanooga ainsi que celle d’Antig, en Chine, ont pour objectif de décentraliser la production de l’ID.4 et de réduire les délais d’attente qui peuvent atteindre dans certains cas plus de deux ans. Du moins, c’est ce que l’on espère chez Volkswagen Canada, qui « négocie toujours les prix et les allocations d’ID.4 avec les Américains », indique une source proche du dossier. Selon cette dernière, « on devrait y voir plus clair au cours de l’été ».

Pour l’heure, la capacité de l’usine de Chattanooga à assembler l’ID.4 se chiffre à entre 100 000 et 120 000 unités par année, mais ces nouveaux investissements permettront, si l’on prête foi à la rumeur, de la sextupler.

Notre objectif est simple, nous voulons produire localement 94 % des Volkswagen que nous vendons aux consommateurs nord-américains.

Scott Keogh, président et chef de la direction de Volkswagen des Amériques

Le buzz

Outre l’ID.4, Volkswagen des Amériques compte également réserver une chaîne de montage à l’ID.Buzz, réincarnation du légendaire Microbus des années 1940. La version nord-américaine différera notamment de celle jusqu’ici publicisée par son empattement plus long qui, selon certaines sources, logera dans son soubassement une batterie d’une densité supérieure (lire plus d’autonomie).

PHOTO FOURNIE PAR VOLKSWAGEN

Volkswagen ID.Buzz Concept

Scott Keogh esquive habilement ce sujet, mais confirme cependant qu’une déclinaison récréative évoquant les Westfalia, fourgonnettes de camping de l’époque, se greffera au catalogue de ce modèle attendu dans les salles d’exposition d’ici deux ans.

Soulignons que, pour l’heure, le dérivé commercial (Panel Van) ne figure pas dans les plans. Tout comme les caractéristiques de l’ID.Buzz nord-américaine, les tarifs demeurent secrets. Volkswagen du Canada, a-t-on appris, souhaite mettre un millier d’unités par année en circulation. À ces deux modèles (ID.4 et ID.Buzz) s’ajoutera un autre, un VUS intermédiaire cette fois, dès 2026.

Alors que certains constructeurs doutent de l’échéancier de différentes législations pour mettre fin à la vente de véhicules thermiques neufs à l’horizon 2035, Scott Keogh n’en croit rien. « Les gouvernements ont tranché en faveur de l’électrique et la dernière chose dont nous avons besoin à ce stade-ci, ce sont des élus indécis », affirme-t-il. Celui-ci assure que les motorisations essence vont graduellement disparaître du catalogue VW d’ici 2030.

« Une unité de puissance électrique a, au même titre que le moteur à combustion interne en son temps, un potentiel de développement extraordinaire. À ce sujet, rappelez-vous qu’à ses débuts, un V8 ne produisait que 80 ch. Maintenant, imaginez ce que nous pourrons faire à l’avenir avec l’électrique. »