La sécurité se vend mal. Les Volvo aussi. Voilà deux affirmations à la fois lapidaires et sans nuance. Ces raccourcis trompeurs s'expliquent: trop longtemps, Volvo a négligé le design et les performances au profit de la robustesse. Le constructeur scandinave avait-il vraiment le choix? Le groupe Ford, auquel il appartenait il y a peu de temps encore, préférait visiblement Jaguar (voire Lincoln!) pour défendre ses couleurs dans le haut de gamme. Aujourd'hui sous le contrôle du chinois Geely, Volvo cherche à éviter les collisions mieux que ses concurrents. Avec cette seconde mouture de la S60, le constructeur a-t-il trouvé la symbiose parfaite?

Éric LeFrançois, collaboration spéciale
Éric LeFrançois, collaboration spéciale LA PRESSE

Dans un segment où les Audi A4, BMW Série 3 et Mercedes Classe C ne laissent que des miettes, la nouvelle Volvo a fort à faire pour susciter la gourmandise des consommateurs. La direction de Volvo veut écouler 90 000 unités de la S60 au terme de la première année de commercialisation. La première mouture s'est écoulée à plus de 600 000 unités au terme d'une carrière de 10 ans.

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L'objectif de Volvo peut paraître ambitieux, mais il faut savoir que les portes du marché chinois lui sont aujourd'hui toutes grandes ouvertes, ce qui ne manquera pas de l'aider à atteindre son but.

Pour convaincre, la S60 mise sur sa ligne et ses avancées sur le plan de la sécurité active. Assemblée à Gand, en Belgique, cette berline adopte des proportions légèrement différentes du modèle précédent. Elle est plus longue (+23 mm), plus haute (+60 mm), plus large (+60 mm) et, hélas, aussi plus lourde (+111 kg) que le modèle qu'elle remplace. L'empattement a pour sa part été allongé (+61 mm), mais les porte-à-faux rabotés recentrent les masses pour offrir plus d'agilité. Son volume de coffre est nettement inférieur à bon nombre de ses rivales. Les voies conservent des valeurs importantes, plus larges comparées à celles des rivales allemandes. Tout cela, marié à une esthétique de coupé à quatre portes aux flancs bien épaulés, fournit une voiture fort attrayante.

Tout en étant parfaitement consciente que son style lui permettra de dévisser des cous, la S60 se doit aussi d'entretenir la légende d'une Volvo à la fine pointe du progrès en matière de protection des occupants. Pour ce faire, elle compte sur son dispositif de sécurité «Détection Piéton» capable de détecter, d'alerter et d'assurer un freinage automatique pour éviter des piétons. Ce dispositif couplé au système «City Safety» (inauguré sur le multisegment XC60) se compose d'un radar, d'une caméra et d'une unité centrale. Le radar a pour fonction de détecter tout objet dans le champ du véhicule et d'en mesurer la distance relative. La caméra détermine la nature de l'objet. Le système est programmé pour prendre en compte les véhicules en amont, qu'ils soient à l'arrêt ou circulant à contresens. Le système sait détecter aussi les enfants, et demeure actif jusqu'à une vitesse maximale de 35 km/h. Toutefois, cette technologie connaît les mêmes limites que l'oeil humain et, exactement comme nous, elle «voit» moins bien la nuit et par mauvais temps. En clair, pour les Canadiens, ça ne fonctionnera pas toujours l'hiver. Le bon côté est que ce dispositif est offert à l'intérieur d'un groupe d'options. Celui-ci intègre aussi les capteurs de stationnement et les détecteurs d'angles morts. Par chance, ces deux derniers dispositifs sont offerts à la carte moyennant un déboursé respectif de 600$ et 1 200$

Art de vivre

À bord, la S60 perpétue le savoir-faire et le bon goût Volvo: console flottante et baquets que l'on jurerait moulés sur soi. Même si l'on présume aisément que la gestation de ce modèle fut douloureuse (à cause du changement de propriétaire), Volvo n'allait pas écorner la réputation d'ergonomie de ses habitacles. Le baquet enveloppant de la S60 laisse toutes possibilités de s'asseoir confortablement - mais de façon un peu trop relaxe en raison d'un manque de support latéral - et sa colonne de direction est réglable aussi bien en hauteur qu'en profondeur. Le tableau de bord incorpore des jauges présentant un affichage clair et de lecture facile ainsi qu'un ensemble d'accessoires parfaitement intégrés. Comme ses commandes on ne peut plus conviviales de la climatisation automatique. En revanche, certaines commandes exigent une certaine période d'acclimatation comme les réglages des différents dispositifs au moyen de l'ordinateur de bord.

Pour ses débuts au Canada, la S60 propose une seule livrée à son catalogue (T6 AWD), la plus chère. L'équipement est complet, mais comment un constructeur obnubilé par la sécurité n'a-t-il pas songé à offrir, de série, des phares au xénon? D'autres déclinaisons de ce modèle plus abordables financièrement seront programmées d'ici peu.

Un comportement prévisible

Un amateur de conduite ne peut concevoir qu'une Volvo sportive existe.

Cependant, dès le premier virage, la S60 montre qu'il s'agit bien d'une Volvo nouvelle génération. Sur le plan dynamique, elle n'aura aucune peine à vous faire oublier la génération précédente, mais reconnaissons tout de même qu'elle suera à grosses gouttes si elle cherche à suivre le rythme d'une Série 3 de BMW, voire d'une Infiniti G37, sur un parcours tourmenté. De plus, si on sait toujours où pointent les roues directrices, la direction - au demeurant d'une belle précision - gagnerait à être plus ferme et plus linéaire. L'autre talon d'Achille de cette Volvo réside dans son fort rayon de braquage, qui rend l'exécution de certaines manoeuvres parfois très pénible. En d'autres mots, elle ne tourne pas sur un «dix cents.»

Même si elle reprend essentiellement une plate-forme dérivée et évoluée de l'actuelle S80, la S60 bénéficie tout de même d'éléments suspenseurs aux réglages spécifiques. Moins fermement suspendue qu'une Audi, une BMW ou une Infiniti, la S60 gomme toutes les trépidations dont était affligée la génération antérieure sur une chaussée mal revêtue. Mais pour cela, il faut se procurer la suspension pilotée Four-C au coût de 1200$.

Photo Éric LeFrançois, collaboration spéciale

Le tableau de bord incorpore des jauges présentant un affichage clair et de lecture facile ainsi qu'un ensemble d'accessoires parfaitement intégrés.

Sur le plan technique, la T6 retient les services d'un moteur six cylindres 3 litres armé d'un turbocompresseur. Cette mécanique civilisée livre avec beaucoup de souplesse ses 300 chevaux et ses 325 livres-pied de couple aux (4) roues motrices (une version tractée avec moteur à aspiration normale sera éventuellement offerte), nullement ébranlées par toute cette puissance. Et méfiez-vous des apparences: même en enfonçant la pédale d'accélérateur au plancher, vous ne ressentirez pas la force de décollage. Et pourtant, la S60 met un peu moins de 6 secondes pour atteindre 100 km/h, ce qui lui permet sans trop de difficulté de tutoyer les berlines les plus performantes de sa catégorie.

Le moteur suralimenté de la T6 s'arrime uniquement à une transmission semi-automatique à six rapports. Dans le cadre d'une utilisation normale, elle se révèle exquise et file le parfait bonheur avec le moteur qui l'accompagne. Cependant, dès que le conducteur décide de lui faire chausser des espadrilles, ça se corse. Elle manque alors de vivacité et tire mollement sur ses rapports.

Bref, la S60 se prête à plusieurs excès pour vous faire éprouver certains (mais pas tous) vertiges de la passion automobile. Elle permettra à son propriétaire de rouler différemment et à meilleur prix qu'avec bien des berlines allemandes concurrentes. Reste à souhaiter que la mise sur le marché de ce nouveau modèle sera cette fois à la hauteur de son talent.

Les frais d'hébergement liés à ce reportage ont été payés par Volvo Canada.

ON AIME

- Le confort des sièges

- La pureté des lignes

- Le moteur plus expressif qu'il n'y paraît

ON AIME MOINS

- Les hésitations de la boîte

- Le fort diamètre de braquage

- L'ergonomie de certaines commandes

CE QU'IL FAUT RETENIR

- Prix: 45 450$

- Frais de transport: 1095 $ (préparation en sus)

- Versions essayées: T6AWD

- Garantie de base: 48 mois/80 000km

- Consommation moyenne obtenue au cours de l'essai: 11,8 L/100km

- Visible dans les concessions: Maintenant

- Moteur thermique: L6 DACT 3 litres-Turbo

- Puissance: 300 ch à 6 500 tr/mn

- Couple: 325 lb-pi à 2 100 tr/min

- Poids: 1770 kg

- Rapport poids/puissance: 5,9 kg/ch

- Mode: intégral

- Transmission de série: semi-automatique 6 rapports

- Autres transmissions: aucune

- Direction/diamètre de braquage: crémaillère/12,4 mètres

- Freins/ABS: disque/de série

- Pneus (de série): 235/40R18

- Capacité du réservoir de carburant/essence recommandée: 67 litres/super

Photo Éric LeFrançois, collaboration spéciale

La S60 met un peu moins de 6 secondes pour atteindre 100 km/h, ce qui lui permet sans trop de difficulté de tutoyer les berlines les plus performantes de sa catégorie.